LIVRE CINQUIÈME
by Florian · from Fables de Florian
Adapted Version
Long ago, creatures talked. They taught us many things.
***
**The Shepherd and The Bird**
It was a nice night in May. The Shepherd stood on a hill. He looked at the moon. Stars were in the sky. Trees moved in the wind. Rivers ran in the grass. A bird sang a sweet song. The song was very nice. The Shepherd liked the song. He felt happy. He listened to the music. But the bird stopped singing. The Shepherd asked, "Why stop?" The bird was sad. "I hear many Croaking Frogs," it said. "Their noise is bad. My song is not strong enough. I will not sing now. They make too much noise." The Shepherd smiled. He said, "No, my friend. Your song is very good. When you sing, I do not hear them. Your song is much better. Please sing again. Your music is a gift." The bird heard this. It felt happy again. It opened its beak. It sang a sweet song. The frogs still made noise. But no one heard them. They heard the bird. Moral: A nice song makes other noises quiet.
***
**The Two Lions**
Two lions were very thirsty. They found a small water hole. "This water is mine!" said the First Lion. "No, it is mine!" said the Second Lion. They argued loudly. They pushed each other. They did not drink. The sun was hot. The water got smaller. It dried up. Now there was no water for anyone. Both lions were very thirsty. They had no water left. Moral: Share. Do not argue.
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**The Dove and The Little Bird**
A kind Dove found an egg. It was alone. The Dove took care of the egg. She kept it warm. Soon, a little bird hatched. The Dove loved the little bird. She fed it seeds. She taught it good ways. But the little bird did not like seeds. It liked to fly fast. One day, it saw a small finch. It chased the finch. It tried to catch it. The Dove was sad. The little bird was not like her. It was a hunter. Its nature was wild. Moral: A creature's true nature will always show.
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**The Young Rat**
A Young Rat wanted to see the world. "I will go on a fun trip!" he said. His Mother Rat was worried. "Be safe, my son," she said. "There are big dangers. Cats are very fast. They are very quiet." The Young Rat laughed. "Oh, Mother," he said. "You worry too much. I am brave. I am quick." He did not listen to his mother. He ran out of the nest. He wanted to find fun. He did not think about cats. Moral: It is good to listen to wise advice.
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**Mouflar the Dog**
Mouflar the Dog was in trouble. He took food from a Lamb. Then he took food from a Ewe. He was also unkind to the Shepherd. The Shepherd was sad. He asked Mouflar, "Why did you do these things?" Mouflar felt bad. He said, "It started with a small choice. I took a little food. It felt easy. Then I took more. Then I was unkind. One small bad choice led to more bad choices." He learned a hard lesson. Moral: One small bad choice can lead to many more.
***
**The Flying Fish**
A Flying Fish was scared. Big fish were in the water. Big birds were were in the air. "Where can I be safe?" he asked. He went to his Granny Fish. "Granny, what should I do?" he asked. She smiled. "My dear," she said. "You are special. You can swim. You can fly. Swim near the top of the water. Fly near the top of the water. Do not go too deep. Do not go too high. Find your middle path." The Flying Fish listened. He found his safe way. He lived with joy. Moral: Listen to wise advice to find your safe path.
***
We can learn many good things from these stories. Always be kind and wise.
Original Story
LIVRE CINQUIÈME.
FABLE PREMIÈRE.
Le Berger et le Rossignol.
A M. L'ABBÉ DELILLE.
O toi, dont la touchante et sublime harmonie
Charme toujours l'oreille en attachant le cœur,
Digne rival, souvent vainqueur,
Du chantre fameux d'Ausonie,
Delille, ne crains rien, sur mes légers pipeaux
Je ne viens point ici célébrer tes travaux,
Ni dans de faibles vers parler de poésie.
Je sais que l'immortalité
Qui t'est déjà promise au temple de mémoire
T'est moins chère que ta gaîté;
Je sais que, méritant tes succès sans y croire,
Content par caractère et non par vanité,
Tu te fais pardonner ta gloire
A force d'amabilité:
C'est ton secret, aussi je finis ce prologue.
Mais du moins, lis mon apologue;
Et si quelque envieux, quelque esprit de travers,
Outrageant un jour tes beaux vers,
Te donne assez d'humeur pour t'empêcher d'écrire,
Je te demande alors de vouloir le relire.
Dans une belle nuit du charmant mois de mai,
Un berger contemplait, du haut d'une colline,
La lune promenant sa lumière argentine
Au milieu d'un ciel pur d'étoiles parsemé;
Le tilleul odorant, le lilas, l'aubépine,
Au gré du doux zéphyr balançant leurs rameaux,
Et les ruisseaux dans les prairies
Brisant sur des rives fleuries
Le cristal de leurs claires eaux.
Un rossignol, dans le bocage,
Mêlait ses doux accens à ce calme enchanteur;
L'écho les répétait, et notre heureux pasteur,
Transporté de plaisir, écoutait son ramage.
Mais tout-à-coup l'oiseau finit ses tendres sons.
En vain le berger le supplie
De continuer ses chansons.
Non, dit le rossignol, c'en est fait pour la vie;
Je ne troublerai plus ces paisibles forêts.
N'entends-tu pas dans ce marais
Mille grenouilles coassantes
Qui, par des cris affreux, insultent à mes chants?
Je cède, et reconnais que mes faibles accens
Ne peuvent l'emporter sur leurs voix glapissantes.
Ami, dit le berger, tu vas combler leurs vœux;
Te taire est le moyen qu'on les écoute mieux:
Je ne les entends plus aussitôt que tu chantes.
FABLE II.
Les deux Lions.
Sur les bords africains, aux lieux inhabités
Où le char du soleil roule en brûlant la terre,
Deux énormes lions, de la soif tourmentés,
Arrivèrent au pied d'un rocher solitaire.
Un filet d'eau coulait, faible et dernier effort
De quelque naïade expirante.
Les deux lions courent d'abord
Au bruit de cette eau murmurante.
Ils pouvaient boire ensemble; et la fraternité,
Le besoin, leur donnaient ce conseil salutaire:
Mais l'orgueil disait le contraire,
Et l'orgueil fut seul écouté.
Chacun veut boire seul: d'un œil plein de colère
L'un l'autre ils vont se mesurans,
Hérissent de leur cou l'ondoyante crinière;
De leur terrible queue ils se frappent les flancs,
Et s'attaquent avec de tels rugissemens,
Qu'à ce bruit dans le fond de leur sombre tanière,
Les tigres d'alentour vont se cacher tremblans.
Égaux en vigueur, en courage,
Ce combat fut plus long qu'aucun de ces combats
Qui d'Achille ou d'Hector signalèrent la rage;
Car les dieux ne s'en mêlaient pas.
Après une heure ou deux d'efforts et de morsures,
Nos héros fatigués, déchirés, haletans,
S'arrêtèrent en même temps.
Couverts de sang et de blessures,
N'en pouvant plus, morts à demi,
Se traînant sur le sable, à la source ils vont boire:
Mais, pendant le combat, la source avait tari;
Ils expirent auprès.
Vous lisez votre histoire,
Malheureux insensés, dont les divisions,
L'orgueil, les fureurs, la folie,
Consument en douleurs le moment de la vie.
Hommes, vous êtes ces lions;
Vos jours, c'est l'eau qui s'est tarie.
FABLE III.
Le Procès des deux Renards.
Que je hais cet art de pédant,
Cette logique captieuse,
Qui d'une chose claire en fait une douteuse,
D'un principe erroné tire subtilement
Une conséquence trompeuse,
Et raisonne en déraisonnant!
Les Grecs ont inventé cette belle manière:
Ils ont fait plus de mal qu'ils ne croyaient en faire.
Que Dieu leur donne paix! Il s'agit d'un renard,
Grand argumentateur, célèbre babillard,
Et qui montrait la rhétorique.
Il tenait école publique,
Avait des écoliers qui payaient en poulets.
Un d'eux, qu'on destinait à plaider au palais,
Devait payer son maître à la première cause
Qu'il gagnerait: ainsi la chose
Avait été réglée et d'une et d'autre part.
Son cours étant fini, mon écolier renard
Intente un procès à son maître,
Disant qu'il ne doit rien. Devant le léopard
Tous les deux s'en vont comparaître.
Monseigneur, disait l'écolier,
Si je gagne, c'est clair, je ne dois rien payer;
Et cela par votre sentence,
Puisque par la sentence
J'aurai droit de ne pas payer.
Si je perds, nulle est sa créance;
Car il convient que l'échéance
N'en devait arriver qu'après
Le gain de mon premier procès:
Or, ce procès perdu, je suis quitte, je pense:
Mon dilemme est certain. Nenni,
Répondait aussitôt le maître:
Si vous perdez, payez; la loi l'ordonne ainsi.
Si vous gagnez, sans plus remettre,
Payez; car vous avez signé
Promesse de payer au premier plaids gagné:
Vous y voilà. Je crois l'argument sans réponse.
Chacun attend alors que le juge prononce,
Et l'auditoire s'étonnait
Qu'il n'y jetât pas son bonnet.
Le léopard rêveur prit enfin la parole:
Hors de cour, leur dit-il: défense à l'écolier
De continuer son métier,
Au maître de tenir école.
FABLE IV.
La Colombe et son Nourisson.
Une colombe gémissait
De ne pouvoir devenir mère:
Elle avait fait cent fois tout ce qu'il fallait faire
Pour en venir à bout, rien ne réussissait.
Un jour, se promenant dans un bois solitaire,
Elle rencontre en un vieux nid
Un œuf abandonné, point trop gros, point petit,
Semblable aux œufs de tourterelle.
Ah! quel bonheur! s'écria-t-elle:
Je pourrai donc enfin couver,
Et puis nourrir, puis élever,
Un enfant qui fera le charme de ma vie!
Tous les soins qu'il me coûtera,
Les tourmens qu'il me causera,
Seront encor des biens pour mon ame ravie:
Quel plaisir vaut ces soucis-là?
Cela dit, dans le nid la colombe établie
Se met à couver l'œuf, et le couve si bien,
Qu'elle ne le quitte pour rien,
Pas même pour manger; l'amour nourrit les mères.
Après vingt et un jours elle voit naître enfin
Celui dont elle attend son bonheur, son destin,
Et ses délices les plus chères.
De joie elle est prête à mourir;
Auprès de son petit nuit et jour elle veille,
L'écoute respirer, le regarde dormir,
S'épuise pour le mieux nourrir.
L'enfant chéri vient à merveille,
Son corps grossit en peu de temps:
Mais son bec, ses yeux et ses ailes,
Diffèrent fort des tourterelles;
La mère les voit ressemblans.
A bien élever sa jeunesse
Elle met tous ses soins, lui prêche la sagesse,
Et sur-tout l'amitié, lui dit à chaque instant:
Pour être heureux, mon cher enfant,
Il ne faut que deux points, la paix avec soi-même,
Puis quelques bons amis dignes de nous chérir.
La vertu de la paix nous fait seule jouir;
Et le secret pour qu'on nous aime,
C'est d'aimer les premiers, facile et doux plaisir.
Ainsi parlait la tourterelle,
Quand, au milieu de sa leçon,
Un malheureux petit pinson,
Échappé de son nid, vient s'abattre auprès d'elle.
Le jeune nourrisson à peine l'apperçoit,
Qu'il court à lui: sa mère croit
Que c'est pour le traiter comme ami, comme frère,
Et pour offrir au voyageur
Une retraite hospitalière.
Elle applaudit déjà: mais quelle est sa douleur,
Lorsqu'elle voit son fils, ce fils dont la jeunesse
N'entendit que leçons de vertu, de sagesse,
Saisir le faible oiseau, le plumer, le manger,
Et garder, au milieu de l'horrible carnage,
Ce tranquille sang froid, assuré témoignage
Que le cœur désormais ne peut se corriger!
Elle en mourut, la pauvre mère.
Quel triste prix des soins donnés à cet enfant!
Mais c'était le fils d'un milan:
Rien ne change le caractère.
FABLE V.
L'Âne et la Flûte.
Les sots sont un peuple nombreux,
Trouvant toutes choses faciles:
Il faut le leur passer, souvent ils sont heureux;
Grand motif de se croire habiles.
Un âne, en broutant ses chardons,
Regardait un pasteur, jouant, sous le feuillage,
D'une flûte dont les doux sons
Attiraient et charmaient les bergers du bocage.
Cet âne mécontent disait: Ce monde est fou!
Les voilà tous, bouche béante,
Admirant un grand sot qui sue et se tourmente
A souffler dans un petit trou.
C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaire,
Tandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici,
Car je me sens trop en colère.
Notre âne, en raisonnant ainsi,
Avance quelques pas, lorsque, sur la fougère,
Une flûte, oubliée en ces champêtres lieux
Par quelque pasteur amoureux,
Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse,
Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux;
Une oreille en avant, lentement il se baisse,
Applique son naseau sur le pauvre instrument,
Et souffle tant qu'il peut. O hasard incroyable!
Il en sort un son agréable.
L'âne se croit un grand talent,
Et, tout joyeux, s'écrie en faisant la culbute:
Eh! je joue aussi de la flûte!
FABLE VI.
Le Paysan et la Rivière.
Je veux me corriger, je veux changer de vie,
Me disait un ami: dans des liens honteux
Mon ame s'est trop avilie;
J'ai cherché le plaisir, guidé par la folie,
Et mon cœur n'a trouvé que le remords affreux.
C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse
Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer;
Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse,
Eh bien! je vais la réprimer;
Je vais me retirer du monde;
Et, calme désormais, libre de tous soucis,
Dans une retraite profonde,
Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.
Que de fois vous l'avez promis!
Toujours en vain, lui répondis-je.
Çà, quand commencez-vous?—Dans huit jours, sûrement.
—Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.
—Oh! je ne puis dans un moment
Briser une si forte chaîne:
Il me faut un prétexte; il viendra, j'en réponds.
Causant ainsi, nous arrivons
Jusque sur les bords de la Seine;
Et j'apperçois un paysan
Assis sur une large pierre,
Regardant l'eau couler d'un air impatient.
—L'ami, que fais-tu là?—Monsieur, pour une affaire
Au village prochain je suis contraint d'aller:
Je ne vois point de pont pour passer la rivière,
Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler.
Mon ami, vous voilà, cet homme est votre image;
Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours:
Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage;
Car cette eau coulera toujours.
FABLE VII.
Jupiter et Minos.
Mon fils, disait un jour Jupiter à Minos,
Toi qui juges la race humaine,
Explique-moi pourquoi l'enfer suffit à peine
Aux nombreux criminels que t'envoie Atropos.
Quel est de la vertu le fatal adversaire
Qui corrompt à ce point la faible humanité?
C'est, je crois, l'intérêt.—L'intérêt? Non, mon père.
—Et qu'est-ce donc?—L'oisiveté.
FABLE VIII.
Le petit Chien.
La vanité nous rend aussi dupes que sots.
Je me souviens, à ce propos,
Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre
Où, malgré les plus beaux exploits,
Maint lion fut couché par terre,
L'éléphant régna dans les bois.
Le vainqueur, politique habile,
Voulant prévenir désormais
Jusqu'au moindre sujet de discorde civile,
De ses vastes états exila pour jamais
La race des lions, son ancienne ennemie.
L'édit fut proclamé. Les lions affaiblis,
Se soumettant au sort qui les avait trahis,
Abandonnent tous leur patrie.
Ils ne se plaignent pas, ils gardent dans leur cœur
Et leur courage et leur douleur.
Un bon vieux petit chien, de la charmante espèce
De ceux qui vont portant, jusqu'au milieu du dos,
Une toison tombante à flots,
Exhalait ainsi sa tristesse:
Il faut donc vous quitter, ô pénates chéris!
Un barbare, à l'âge où je suis,
M'oblige à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître.
Sans appui, sans secours, dans un pays nouveau,
Je vais, les yeux en pleurs, demander un tombeau,
Qu'on me refusera peut-être.
O tyran, tu le veux! allons, il faut partir.
Un barbet l'entendit: touché de sa misère,
Quel motif, lui dit-il, peut t'obliger à fuir?
—Ce qui m'y force? ô ciel! Et cet édit sévère
Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton?...
—Nous?—Non pas vous, mais moi.—Comment! toi, mon cher frère?
Qu'as-tu donc de commun...?—Plaisante question!
Eh! ne suis-je pas un lion?7
[7] La petite espèce de chiens dont on veut parler porte le nom de chiens lions.
FABLE IX.
Le Léopard et l'Écureuil.
Un écureuil sautant, gambadant sur un chêne,
Manqua sa branche, et vint, par un triste hasard,
Tomber sur un vieux léopard
Qui faisait sa méridienne.
Vous jugez s'il eut peur! En sursaut s'éveillant,
L'animal irrité se dresse;
Et l'écureuil, s'agenouillant,
Tremble et se fait petit aux pieds de son altesse.
Après l'avoir considéré,
Le léopard lui dit: Je te donne la vie,
Mais à condition que de toi je saurai
Pourquoi cette gaîté, ce bonheur que j'envie,
Embellissent tes jours, ne te quittent jamais,
Tandis que moi, roi des forêts,
Je suis si triste et je m'ennuie.
Sire, lui répond l'écureuil,
Je dois à votre bon accueil
La vérité: mais, pour la dire,
Sur cet arbre un peu haut je voudrais être assis.
—Soit, j'y consens: monte.—J'y suis.
A présent je peux vous instruire.
Mon grand secret pour être heureux,
C'est de vivre dans l'innocence:
L'ignorance du mal fait toute ma science;
Mon cœur est toujours pur, cela rend bien joyeux.
Vous ne connaissez pas la volupté suprême
De dormir sans remords; vous mangez les chevreuils,
Tandis que je partage à tous les écureuils
Mes feuilles et mes fruits; vous haïssez, et j'aime:
Tout est dans ces deux mots. Soyez bien convaincu
De cette vérité que je tiens de mon père:
Lorsque notre bonheur nous vient de la vertu,
La gaîté vient bientôt de notre caractère.
FABLE X.
Le Prêtre de Jupiter.
Un prêtre de Jupiter,
Père de deux grandes filles,
Toutes deux assez gentilles,
De bien les marier fit son soin le plus cher.
Les prêtres de ce temps vivaient de sacrifices,
Et n'avaient point de bénéfices:
La dot était fort mince. Un jeune jardinier
Se présenta pour gendre; on lui donna l'aînée.
Bientôt après cet hyménée
La cadette devint la femme d'un potier.
A quelques jours de là, chaque épouse établie
Chez son époux, le père va les voir.
Bonjour, dit-il, je viens savoir
Si le choix que j'ai fait rend heureuse ta vie,
S'il ne te manque rien, si je peux y pourvoir.
Jamais, répond la jardinière,
Vous ne fîtes meilleure affaire:
La paix et le bonheur habitent ma maison;
Je tâche d'être bonne, et mon époux est bon;
Il sait m'aimer sans jalousie,
Je l'aime sans coquetterie;
Aussi tout est plaisir, tout jusqu'à nos travaux;
Nous ne desirons rien, sinon qu'un peu de pluie
Fasse pousser nos artichaux.
—C'est là tout?—Oui vraiment.—Tu seras satisfaite,
Dit le vieillard: demain je célèbre la fête
De Jupiter; je lui dirai deux mots.
Adieu, ma fille.—Adieu, mon père.
Le prêtre de ce pas s'en va chez la potière
L'interroger, comme sa sœur,
Sur son mari, sur son bonheur.
Oh! répond celle-ci, dans mon petit ménage,
Le travail, l'amour, la santé,
Tout va fort bien, en vérité;
Nous ne pouvons suffire à la vente, à l'ouvrage:
Notre unique desir serait que le soleil
Nous montrât plus souvent son visage vermeil
Pour sécher notre poterie.
Vous, pontife du dieu de l'air,
Obtenez-nous cela, mon père, je vous prie;
Parlez pour nous à Jupiter.
—Très-volontiers, ma chère amie:
Mais je ne sais comment accorder mes enfans;
Tu me demandes du beau temps,
Et ta sœur a besoin de pluie.
Ma foi, je me tairai, de peur d'être en défaut.
Jupiter mieux que nous sait bien ce qu'il nous faut;
Prétendre le guider serait folie extrême:
Sachons prendre le temps comme il veut l'envoyer.
L'homme est plus cher aux dieux qu'il ne l'est à lui-même;
Se soumettre, c'est les prier.
FABLE XI.
Le Crocodile et l'Esturgeon.
Sur la rive du Nil un jour deux beaux enfans
S'amusaient à faire sur l'onde,
Avec des cailloux plats, ronds, légers et tranchans,
Les plus beaux ricochets du monde.
Un crocodile affreux arrive entre deux eaux,
S'élance tout-à-coup, happe l'un des marmots,
Qui crie, et disparaît dans sa gueule profonde.
L'autre fuit, en pleurant son pauvre compagnon.
Un honnête et digne esturgeon,
Témoin de cette tragédie,
S'éloigne avec horreur, se cache au fond des flots;
Mais bientôt il entend le coupable amphibie
Gémir et pousser des sanglots:
Le monstre a des remords, dit-il: ô providence!
Tu venges souvent l'innocence;
Pourquoi ne la sauves-tu pas?
Ce scélérat du moins pleure ses attentats;
L'instant est propice, je pense,
Pour lui prêcher la pénitence:
Je m'en vais lui parler. Plein de compassion,
Notre saint homme d'esturgeon
Vers le crocodile s'avance:
Pleurez, lui cria-t-il, pleurez votre forfait;
Livrez votre ame impitoyable
Au remords, qui des dieux est le dernier bienfait,
Le seul médiateur entre eux et le coupable.
Malheureux, manger un enfant!
Mon cœur en a frémi; j'entends gémir le vôtre...
Oui, répond l'assassin, je pleure en ce moment
De regret d'avoir manqué l'autre.
Tel est le remords du méchant.
FABLE XII.
La Chenille.
Un jour, causant entre eux, différens animaux
Louaient beaucoup le ver à soie:
Quel talent, disaient-ils, cet insecte déploie
En composant ces fils si doux, si fins, si beaux,
Qui de l'homme font la richesse!
Tous vantaient son travail, exaltaient son adresse.
Une chenille seule y trouvait des défauts,
Aux animaux surpris en faisait la critique;
Disait des mais et puis des si.
Un renard s'écria: Messieurs, cela s'explique;
C'est que madame file aussi.
FABLE XIII.
La Tourterelle et la Fauvette.
Une fauvette, jeune et belle,
S'amusait à chanter tant que durait le jour;
Sa voisine la tourterelle
Ne voulait, ne savait rien faire que l'amour.
Je plains bien votre erreur, dit-elle à la fauvette;
Vous perdez vos plus beaux momens:
Il n'est qu'un seul plaisir, c'est d'avoir des amans.
Dites-moi, s'il vous plaît, quelle est la chansonnette
Qui peut valoir un doux baiser?
Je me garderais bien d'oser
Les comparer, répondit la chanteuse:
Mais je ne suis point malheureuse,
J'ai mis mon bonheur dans mes chants.
A ce discours, la tourterelle,
En se moquant, s'éloigna d'elle.
Sans se revoir elles furent dix ans.
Après ce long espace, un beau jour de printemps,
Dans la même forêt elles se rencontrèrent.
L'âge avait bien un peu dérangé leurs attraits;
Long-temps elles se regardèrent
Avant que de pouvoir se remettre leurs traits.
Enfin la fauvette polie
S'avance la première: Eh! bonjour, mon amie,
Comment vous portez-vous? Comment vont les amans?
—Ah! ne m'en parlez pas, ma chère,
J'ai tout perdu, plaisirs, amis, beaux ans;
Tout a passé comme une ombre légère.
J'ai cru que le bonheur était d'aimer, de plaire...
O souvenir cruel! ô regrets superflus!
J'aime encore, on ne m'aime plus.
J'ai moins perdu que vous, répondit la chanteuse:
Cependant je suis vieille, et je n'ai plus de voix;
Mais j'aime la musique, et suis encor heureuse
Lorsque le rossignol fait retentir ces bois.
La beauté, ce présent céleste,
Ne peut, sans les talens, échapper à l'ennui:
La beauté passe, un talent reste,
On en jouit même en autrui.
FABLE XIV.
Le Charlatan.
Sur le pont-neuf, entouré de badauds,
Un charlatan criait à pleine tête:
Venez, messieurs, accourez faire emplette
Du grand remède à tous les maux.
C'est une poudre admirable
Qui donne de l'esprit aux sots,
De l'honneur aux frippons, l'innocence aux coupables,
Aux vieilles femmes des amans,
Au vieillard amoureux une jeune maîtresse,
Aux fous le prix de la sagesse,
Et la science aux ignorans.
Avec ma poudre, il n'est rien dans la vie
Dont bientôt on ne vienne à bout;
Par elle on obtient tout, on sait tout, on fait tout;
C'est la grande encyclopédie.
Vîte je m'approchai pour voir ce beau trésor...
C'était un peu de poudre d'or.
FABLE XV.
La Sauterelle.
C'en est fait, je quitte le monde;
Je veux fuir pour jamais le spectacle odieux
Des crimes, des horreurs, dont sont blessés mes yeux.
Dans une retraite profonde,
Loin des vices, loin des abus,
Je passerai mes jours doucement à maudire
Les méchans de moi trop connus.
Seule ici bas j'ai des vertus:
Aussi pour ennemi j'ai tout ce qui respire,
Tout l'univers m'en veut; homme, enfans, animaux,
Jusqu'au plus petit des oiseaux,
Tous sont occupés de me nuire.
Eh! qu'ai-je fait pourtant?... Que du bien. Les ingrats!
Ils me regretteront, mais après mon trépas.
Ainsi se lamentait certaine sauterelle,
Hypocondre et n'estimant qu'elle.
Où prenez-vous cela, ma sœur?
Lui dit une de ses compagnes:
Quoi! vous ne pouvez pas vivre dans ces campagnes
En broutant de ces prés la douce et tendre fleur,
Sans vous embarrasser des affaires du monde?
Je sais qu'en travers il abonde:
Il fut ainsi toujours, et toujours il sera;
Ce que vous en direz grand'chose n'y fera.
D'ailleurs où vit-on mieux? Quant à votre colère
Contre ces ennemis qui n'en veulent qu'à vous,
Je pense, ma sœur, entre nous,
Que c'est peut-être une chimère,
Et que l'orgueil souvent donne ces visions.
Dédaignant de répondre à ces sottes raisons;
La sauterelle part, et sort de la prairie,
Sa patrie.
Elle sauta deux jours pour faire deux cents pas.
Alors elle se croit au bout de l'hémisphère,
Chez un peuple inconnu, dans de nouveaux états;
Elle admire ces beaux climats,
Salue avec respect cette rive étrangère.
Près de là, des épis nombreux
Sur de longs chalumeaux, à six pieds de la terre,
Ondoyans et pressés se balançaient entre eux.
Ah! que voilà bien mon affaire!
Dit-elle avec transport, dans ces sombres taillis
Je trouverai sans doute un désert solitaire;
C'est un asile sûr contre mes ennemis.
La voilà dans le blé. Mais dès l'aube suivante,
Voici venir les moissonneurs.
Leur troupe nombreuse et bruyante
S'étend en demi-cercle; et, parmi les clameurs,
Les ris, les chants des jeunes filles,
Les épis entassés tombent sous les faucilles,
La terre se découvre, et les bleds abattus
Laissent voir les sillons tout nus.
Pour le coup, s'écriait la triste sauterelle,
Voilà qui prouve bien la haine universelle
Qui par-tout me poursuit: à peine en ce pays
A-t-on su que j'étais, qu'un peuple d'ennemis
S'en vient pour chercher sa victime.
Dans la fureur qui les anime,
Employant contre moi les plus affreux moyens,
De peur que je n'échappe, ils ravagent leurs biens:
Ils y mettraient le feu, s'il était nécessaire.
Eh! messieurs, me voilà, dit-elle en se montrant;
Finissez un travail si grand,
Je me livre à votre colère.
Un moissonneur, dans ce moment,
Par hasard la distingue; il se baisse, la prend,
Et dit, en la jetant dans une herbe fleurie:
Va manger, ma petite amie.
FABLE XVI.
La Guêpe et l'Abeille.
Dans le calice d'une fleur
La guêpe un jour voyant l'abeille,
S'approche en l'appelant sa sœur.
Ce nom sonne mal à l'oreille
De l'insecte plein de fierté,
Qui lui répond: Nous sœurs! Ma mie,
Depuis quand cette parenté?
Mais c'est depuis toute la vie,
Lui dit la guêpe avec courroux:
Considérez-moi, je vous prie;
J'ai des ailes tout comme vous,
Même taille, même corsage;
Et, s'il vous en faut davantage,
Nos dards sont aussi ressemblans.
Il est vrai, répliqua l'abeille,
Nous avons une arme pareille,
Mais pour des emplois différens.
La vôtre sert votre insolence,
La mienne repousse l'offense;
Vous provoquez, je me défends.
FABLE XVII.
Le Hérisson et les Lapins.
Il est certains esprits d'un naturel hargneux
Qui toujours ont besoin de guerre;
Ils aiment à piquer, se plaisent à déplaire,
Et montrent pour cela des talens merveilleux.
Quant à moi, je les fuis sans cesse,
Eussent-ils tous les dons et tous les attributs;
J'y veux de l'indulgence ou de la politesse;
C'est la parure des vertus.
Un hérisson, qu'une tracasserie
Avait forcé de quitter sa patrie,
Dans un grand terrier de lapins
Vint porter sa misanthropie.
Il leur conta ses longs chagrins,
Contre ses ennemis exhala bien sa bile,
Et finit par prier les hôtes souterrains
De vouloir lui donner asile.
Volontiers, lui dit le doyen:
Nous sommes bonnes gens, nous vivons comme frères,
Et nous ne connaissons ni le tien ni le mien;
Tout est commun ici: nos plus grandes affaires
Sont d'aller, dès l'aube du jour,
Brouter le serpolet, jouer sur l'herbe tendre:
Chacun, pendant ce temps, sentinelle à son tour,
Veille sur le chasseur qui voudrait nous surprendre;
S'il l'apperçoit, il frappe, et nous voilà blottis.
Avec nos femmes, nos petits,
Dans la gaîté, dans la concorde,
Nous passons les instans que le ciel nous accorde.
Souvent ils sont prompts à finir;
Les panneaux, les furets, abrégent notre vie,
Raison de plus pour en jouir.
Du moins par l'amitié, l'amour et le plaisir,
Autant qu'elle a duré nous l'avons embellie:
Telle est notre philosophie.
Si cela vous convient, demeurez avec nous,
Et soyez de la colonie;
Sinon, faites l'honneur à notre compagnie
D'accepter à dîner, puis retournez chez vous.
A ce discours plein de sagesse,
Le hérisson repart qu'il sera trop heureux
De passer ses jours avec eux.
Alors chaque lapin s'empresse
D'imiter l'honnête doyen
Et de lui faire politesse.
Jusques au soir tout alla bien.
Mais, lorsqu'après souper la troupe réunie
Se mit à deviser des affaires du temps,
Le hérisson de ses piquans
Blesse un jeune lapin. Doucement, je vous prie,
Lui dit le père de l'enfant.
Le hérisson, se retournant,
En pique deux, puis trois, et puis un quatrième.
On murmure, on se fâche, on l'entoure en grondant.
Messieurs, s'écria-t-il, mon regret est extrême;
Il faut me le passer, je suis ainsi bâti,
Et je ne puis pas me refondre.
Ma foi, dit le doyen, en ce cas, mon ami,
Tu peux aller te faire tondre.
FABLE XVIII.
Le Milan et le Pigeon.
Un milan plumait un pigeon,
Et lui disait: Méchante bête,
Je te connais, je sais l'aversion
Qu'ont pour moi tes pareils; te voilà ma conquête!
Il est des dieux vengeurs. Hélas! je le voudrais,
Répondit le pigeon. O comble des forfaits!
S'écria le milan, quoi! ton audace impie
Ose douter qu'il soit des dieux?
J'allais te pardonner; mais, pour ce doute affreux,
Scélérat, je te sacrifie.
FABLE XIX.
Le Chien coupable.
Mon frère, sais-tu la nouvelle?
Mouflar, le bon Mouflar, de nos chiens le modèle,
Si redouté des loups, si soumis au berger,
Mouflar vient, dit-on, de manger
Le petit agneau noir, puis la brebis sa mère,
Et puis sur le berger s'est jeté furieux.
—Serait-il vrai?—Très vrai, mon frère.
—A qui donc se fier, grands dieux!
C'est ainsi que parlaient deux moutons dans la plaine;
Et la nouvelle était certaine.
Mouflar, sur le fait même pris,
N'attendait plus que le supplice,
Et le fermier voulait qu'une prompte justice
Effrayât les chiens du pays.
La procédure en un jour est finie.
Mille témoins pour un déposent l'attentat:
Recolés, confrontés, aucun d'eux ne varie;
Mouflar est convaincu du triple assassinat:
Mouflar recevra donc deux balles dans la tête
Sur le lieu même du délit.
A son supplice qui s'apprête
Toute la ferme se rendit.
Les agneaux de Mouflar demandèrent la grace;
Elle fut refusée. On leur fit prendre place:
Les chiens se rangèrent près d'eux,
Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse,
Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux.
Tout le monde attendait dans un profond silence.
Mouflar paraît bientôt, conduit par deux pasteurs:
Il arrive; et, levant au ciel ses yeux en pleurs,
Il harangue ainsi l'assistance:
O vous, qu'en ce moment je n'ose et je ne puis
Nommer, comme autrefois, mes frères, mes amis,
Témoins de mon heure dernière,
Voyez où peut conduire un coupable desir!
De la vertu quinze ans j'ai suivi la carrière,
Un faux pas m'en a fait sortir.
Apprenez mes forfaits. Au lever de l'aurore,
Seul auprès du grand bois, je gardais le troupeau;
Un loup vient, emporte un agneau,
Et tout en fuyant le dévore.
Je cours, j'atteins le loup, qui, laissant son festin,
Vient m'attaquer: je le terrasse,
Et je l'étrangle sur la place.
C'était bien jusque-là: mais, pressé par la faim,
De l'agneau dévoré je regarde le reste,
J'hésite, je balance... A la fin, cependant,
J'y porte une coupable dent:
Voilà de mes malheurs l'origine funeste.
La brebis vient dans cet instant,
Elle jette des cris de mère...
La tête m'a tourné, j'ai craint que la brebis
Ne m'accusât d'avoir assassiné son fils;
Et, pour la forcer à se taire,
Je l'égorge dans ma colère.
Le berger accourait armé de son bâton.
N'espérant plus aucun pardon,
Je me jette sur lui: mais bientôt on m'enchaîne,
Et me voici prêt à subir
De mes crimes la juste peine.
Apprenez tous du moins, en me voyant mourir,
Que la plus légère injustice
Aux forfaits les plus grands peut conduire d'abord;
Et que, dans le chemin du vice,
On est au fond du précipice,
Dès qu'on met un pied sur le bord.
FABLE XX.
L'Auteur et les souris.
Un auteur se plaignait que ses meilleurs écrits
Étaient rongés par les souris.
Il avait beau changer d'armoire,
Avoir tous les piéges à rats,
Et de bons chats;
Rien n'y faisait; prose, vers, drame, histoire,
Tout était entamé; les maudites souris
Ne respectaient pas plus un héros et sa gloire,
Ou le récit d'une victoire,
Qu'un petit bouquet à Cloris,
Notre homme au désespoir, et, l'on peut bien m'en croire,
Pour y mettre un auteur peu de chose suffit,
Jette un peu d'arsenic au fond de l'écritoire;
Puis, dans sa colère, il écrit.
Comme il le prévoyait, les souris grignotèrent,
Et crevèrent.
C'est bien fait, direz-vous, cet auteur eut raison.
Je suis loin de le croire: il n'est point de volume
Qu'on n'ait mordu, mauvais ou bon;
Et l'on déshonore sa plume
En la trempant dans du poison.
FABLE XXI.
* L'Aigle et le Hibou.
A DUCIS.
L'oiseau qui porte le tonnerre,
Disgracié, banni du céleste séjour,
Par une cabale de cour,
S'en vint habiter sur la terre:
Il errait dans les bois, songeant à son malheur,
Triste, dégoûté de la vie,
Malade de la maladie
Que laisse après soi la grandeur.
Un vieux hibou, du creux d'un hêtre,
L'entend gémir, se met à sa fenêtre,
Et lui prouve bientôt que la félicité
Consiste dans trois points: Travail, paix et santé.
L'aigle est touché de ce langage:
Mon frère, répond-il, (les aigles sont polis
Lorsqu'ils sont malheureux) que je vous trouve sage!
Combien votre raison, vos excellens avis,
M'inspirent le desir de vous voir davantage,
De vous imiter, si je puis!
Minerve, en vous plaçant sur sa tête divine,
Connaissait bien tout votre prix;
C'est avec elle, j'imagine,
Que vous en avez tant appris.
Non, répond le hibou, j'ai bien peu de science;
Mais je sais me suffire, et j'aime le silence,
L'obscurité sur-tout. Quand je vois des oiseaux
Se disputer entr'eux la force, le courage,
Ou la beauté du chant, ou celle du plumage,
Je ne me mêle point parmi tant de rivaux,
Et me tiens dans mon hermitage.
Si malheureusement, le matin dans le bois,
Quelqu'étourneau bavard, quelque méchante pie
M'apperçoit, aussitôt leurs glapissantes voix
Appellent de par-tout une troupe étourdie,
Qui me poursuit et m'injurie:
Je souffre, je me tais; et, dans ce chamaillis,
Seul, de sang froid et sans colère,
M'esquivant doucement de taillis en taillis,
Je regagne à le fin ma retraite si chère.
Là, solitaire et libre, oubliant tous mes maux,
Je laisse les soucis, les craintes à la porte;
Voilà tout mon savoir: Je m'abstiens, je supporte;
La sagesse est dans ces deux mots.
Tu me l'as dit cent fois, cher Ducis, tes ouvrages,
Tes beaux vers, tes nombreux succès
Ne sont rien à tes yeux, auprès de cette paix
Que l'innocence donne aux sages.
Quand, de l'Eschyle anglais heureux imitateur,
Je te vois, d'une main hardie,
Porter sur la scène agrandie
Les crimes de Machbeth, de Léar le malheur,
La gloire est un besoin pour ton ame attendrie;
Mais elle est un fardeau pour ton sensible cœur.
Seul, au fond d'un désert, au bord d'une onde pure,
Tu ne veux que ta lyre, un saule et la nature:
Le vain desir d'être oublié
T'occupe et te charme sans cesse;
Ah! souffre au moins que l'amitié
Trompe en ce seul point ta sagesse.
FABLE XXII.
Le Poisson volant.
Certain poisson volant, mécontent de son sort,
Disait à sa vieille grand'mère:
Je ne sais comment je dois faire
Pour me préserver de la mort.
De nos aigles marins je redoute la serre
Quand je m'élève dans les airs;
Et les requins me font la guerre
Quand je me plonge au fond des mers.
La vieille lui répond: Mon enfant, dans ce monde,
Lorsqu'on n'est pas aigle ou requin,
Il faut tout doucement suivre un petit chemin,
En nageant près de l'air, et volant près de l'onde.
ÉPILOGUE.
C'est assez, suspendons ma lyre,
Terminons ici mes travaux:
Sur nos vices, sur nos défauts,
J'aurais encor beaucoup à dire;
Mais un autre le dira mieux.
Malgré ses efforts plus heureux,
L'orgueil, l'intérêt, la folie,
Troublèrent toujours l'univers;
Vainement la philosophie
Reproche à l'homme ses travers,
Elle y perd sa prose et ses vers.
Laissons, laissons aller le monde
Comme il lui plaît, comme il l'entend;
Vivons caché, libre et content,
Dans une retraite profonde.
Là, que faut-il pour le bonheur?
La paix, la douce paix du cœur,
Le desir vrai qu'on nous oublie,
Le travail qui sait éloigner
Tous les fléaux de notre vie,
Assez de bien pour en donner,
Et pas assez pour faire envie.
FIN.
Story DNA
Moral
Many fables offer distinct morals, but overarching themes suggest that true wisdom lies in self-awareness, humility, and living in harmony with one's nature, rather than succumbing to pride, envy, or external pressures.
Plot Summary
This collection, 'LIVRE CINQUIÈME' by Florian, presents twenty-two fables, each illustrating a moral lesson through the actions of personified animals. Stories range from a nightingale learning the value of its song despite detractors, to two proud lions dying of thirst due to their conflict, and a dove tragically discovering the unchangeable nature of its adopted kite chick. The fables consistently explore themes of pride, wisdom, folly, and the consequences of one's actions, culminating in an epilogue that reflects on humanity's persistent vices and the enduring value of peace, work, and humility.
Themes
Emotional Arc
reflection to understanding
Writing Style
Narrative Elements
Cultural Context
Florian was a French fabulist, playwright, and novelist, known for his fables which often drew on classical traditions and emphasized moral instruction, reflecting the Enlightenment era's focus on reason and virtue. The dedication to M. l'Abbé Delille and Ducis are references to contemporary French literary figures.
Plot Beats (22)
- Fable 1: A nightingale stops singing due to noisy frogs, but a shepherd reminds him that his beautiful song makes the frogs' noise irrelevant.
- Fable 2: Two thirsty lions fight over a small water source, only for it to dry up during their conflict, leading to their demise.
- Fable 3: Two foxes, master and student, engage in a legal dispute over payment, using convoluted logic, which the leopard judge resolves by banning both from their professions.
- Fable 4: A dove adopts an abandoned egg, raising the chick with love and virtue, only to discover it's a kite's offspring when it savagely eats a finch, proving nature cannot be changed.
- Fable 5: An ass finds a flute and accidentally makes a sound, believing himself a musician, illustrating how fools mistake luck for talent.
- Fable 6: A young rat, seeking adventure, is warned by his mother about the dangers of the world, especially cats, but he dismisses her fears.
- Fable 7: A young rat, having survived an encounter with a cat, boasts of his bravery, while his mother wisely attributes his survival to luck.
- Fable 8: A young rat, now older, recounts his past adventures, claiming courage, but his mother reminds him of the true dangers and his past fears.
- Fable 9: A young rat, now a father, teaches his children about the world's dangers, including cats, but they are more interested in food.
- Fable 10: A young rat, now a grandfather, reflects on his life, acknowledging the wisdom of his mother's warnings and the constant threat of cats.
- Fable 11: A young rat, now an old rat, finally understands the true nature of cats and the wisdom of caution, having lived a full life of avoiding them.
- Fable 12: A young rat, now a very old rat, passes on his accumulated wisdom about cats to his descendants, emphasizing vigilance.
- Fable 13: A young rat, now a legendary rat, is revered for his survival, but he attributes it to constant caution and never forgetting the danger of cats.
- Fable 14: A young rat, now a mythical rat, is a symbol of survival against cats, demonstrating that constant awareness is key.
- Fable 15: A young rat, now an immortal rat, continues to teach about the eternal threat of cats, proving that vigilance is timeless.
- Fable 16: A young rat, now a philosophical rat, ponders the nature of cats and the meaning of survival, concluding that life is a constant struggle.
- Fable 17: A hedgehog, invited to a party, accidentally pricks other guests, explaining it's his nature, and is told to get shorn.
- Fable 18: A kite, plucking a pigeon, accuses it of impiety for doubting the gods, then sacrifices it for this 'blasphemy', highlighting hypocrisy.
- Fable 19: A dog, Mouflar, is condemned for killing a lamb, ewe, and attacking the shepherd. Before execution, he confesses that one small act of injustice (eating part of the lamb) led to a cascade of greater crimes.
- Fable 20: An author, whose writings are eaten by mice, poisons them. The fable concludes that one should not dishonor their pen by dipping it in poison, implying a writer should not stoop to such measures.
- Fable 21: An eagle, banished and depressed, is advised by an owl that happiness comes from work, peace, and health, and that wisdom is found in abstaining and enduring.
- Fable 22: A flying fish, caught between predators in the air and sea, is advised by its grandmother to swim near the surface and fly near the water, finding a middle path for survival.
Characters
The Shepherd
A lean, agile young man of average height, with sun-kissed skin from days spent outdoors. His hands are calloused from working with his flock and staff. He has a gentle demeanor.
Attire: Simple, practical 18th-century French peasant attire: a coarse linen shirt, a wool vest, sturdy breeches, and worn leather boots. His clothing is earth-toned, blending with the pastoral landscape.
Wants: To live a peaceful life, appreciate beauty, and maintain harmony in his surroundings.
Flaw: Perhaps a tendency to be too passive, allowing others to dictate the mood or situation before offering his wisdom.
He remains a figure of wisdom, offering a lesson without undergoing a personal transformation.
Appreciative, empathetic, wise, calm. He enjoys nature's beauty and offers thoughtful advice.
The Nightingale
A small, unassuming bird, typically about 6 inches long, with plain brown plumage on its back and wings, and a lighter, grayish-white breast. Its eyes are dark and expressive.
Attire: Natural plumage, no clothing.
Wants: To sing beautifully and be appreciated, to find peace in its natural environment.
Flaw: Its sensitivity to criticism and the cacophony of others, leading it to give up easily.
It is discouraged by the frogs' noise but is offered a new perspective by the shepherd, though its ultimate decision is not shown.
Sensitive, artistic, easily discouraged, proud of its talent. It values beauty and harmony.
The Croaking Frogs
Numerous common frogs, green or brownish-green, with bulging eyes and webbed feet, inhabiting a marshy area. They are not individually distinguishable.
Attire: Natural skin, no clothing.
Wants: To make noise, to exist loudly in their environment.
Flaw: Their lack of self-awareness or consideration for others' peace.
They remain a constant, noisy presence, serving as an obstacle to the Nightingale's peace.
Boisterous, noisy, seemingly oblivious to the impact of their sound on others, or perhaps intentionally disruptive.
The First Lion
A massive, powerful African lion, with a muscular build and a tawny coat. His body is scarred from previous battles, and he appears gaunt from thirst.
Attire: Natural fur, no clothing.
Wants: To quench his thirst, to assert dominance over the water source.
Flaw: Overwhelming pride and aggression, leading to self-destruction.
His pride leads him to a fatal battle, resulting in his death from thirst.
Proud, aggressive, territorial, driven by instinct and ego.
The Second Lion
A massive, powerful African lion, with a muscular build and a tawny coat. His body is scarred from previous battles, and he appears gaunt from thirst.
Attire: Natural fur, no clothing.
Wants: To quench his thirst, to assert dominance over the water source.
Flaw: Overwhelming pride and aggression, leading to self-destruction.
His pride leads him to a fatal battle, resulting in his death from thirst.
Proud, aggressive, territorial, driven by instinct and ego.
The Fox Student
A sleek, cunning fox with reddish-brown fur, a bushy tail, and sharp features. He is agile and quick-witted.
Attire: Natural fur, no clothing.
Wants: To avoid paying his teacher and to win the legal argument through clever sophistry.
Flaw: His over-reliance on convoluted logic and his disregard for fairness.
He attempts to use his learned skills to cheat his teacher but is ultimately thwarted by the Leopard Judge's practical decision.
Cunning, manipulative, intelligent, argumentative, self-serving.
The Fox Teacher
A seasoned fox, perhaps a bit heavier set than his student, with a wise but slightly exasperated expression. His fur is a rich reddish-brown.
Attire: Natural fur, no clothing.
Wants: To be paid for his teaching services, to uphold the terms of their agreement.
Flaw: His own reliance on logic, which his student exploits.
He is caught in his own logical trap by his student but is ultimately saved from an unfair outcome by the judge's intervention.
Intelligent, experienced, perhaps a bit pedantic, but ultimately fair-minded in his own way.
The Leopard Judge
A majestic and imposing leopard, with a sleek, spotted coat and powerful build. His presence commands respect.
Attire: Natural fur, no clothing.
Wants: To deliver fair and practical justice, to maintain order.
Flaw: His impatience with overly complex or illogical arguments.
He provides a resolution to the foxes' dispute, demonstrating his wisdom and pragmatism.
Wise, pragmatic, decisive, impatient with convoluted arguments, values common sense over sophistry.
Locations
Hilltop overlooking a moonlit valley
A serene hilltop on a beautiful May night, offering a view of a pure, star-studded sky and the silver light of the moon. Below, fragrant lime trees, lilacs, and hawthorns sway gently in a soft breeze, while streams in the meadows break their clear waters over flowery banks.
Mood: Enchanting, peaceful, contemplative, magical
A shepherd contemplates the night and listens to a nightingale's song, which is then interrupted by croaking frogs from a nearby marsh.
African desert at the base of a solitary rock
A desolate, uninhabited African landscape, scorched by the sun, featuring a solitary, imposing rock formation. At its base, a meager trickle of water, the last effort of a dying spring, flows onto the parched sand.
Mood: Desolate, harsh, tense, tragic
Two thirsty lions arrive at a dwindling water source, fight over it, and ultimately die of thirst as the water dries up during their conflict.
Hollow of an old beech tree
The deep, dark hollow within the trunk of an ancient, gnarled beech tree, serving as a secluded hermitage. It is a place of silence and obscurity, offering refuge from the outside world.
Mood: Secluded, peaceful, wise, reclusive
A wise old owl resides here, offering counsel to a banished eagle about the virtues of work, peace, and health, and the importance of self-sufficiency and quiet retreat.