HISTOIRE D'AMINE
by Unknown · from Les mille et une nuits: contes choisis
Adapted Version
Once upon a time. Amine was a kind woman. She lived in a big house. Her home was warm. An Old Lady came to her door. The Old Lady asked Amine to a party. The party was for a wedding. Amine felt kind. She wanted to help. She said yes to the Old Lady. Amine smiled.
Amine went to the party. The music was soft. She met a handsome man there. His eyes were kind. He was a prince. They liked each other very much. They talked and laughed. They got married. It was a happy day. The prince had a special rule. Amine must cover her face. She must do this when she went out. Amine said yes. This was a special rule for their home. She agreed to it.
One day, Amine went out. The sun was bright. The Old Lady was with her. They walked. Amine wanted to buy cloth. She needed new fabric. The Old Lady led her to a shop. It was a small shop. A man came to Amine. He looked mean. He put a sad mark on her face. Amine felt very sad. She started to cry. She broke the special rule. She felt bad.
Amine went back home. Her heart was heavy. Prince Amin saw her face. He saw the sad mark. His face turned red. He was very, very angry. He shouted at Amine. His voice was loud. He told her to leave their home. "Go away from here," he said. Amine felt very scared. She trembled.
A kind nurse saw this. She felt sad for Amine. She talked to Prince Amin. "Please be gentle," she said. Her words were soft. Prince Amin listened to her. He stopped his anger. He did not hurt Amine. But he took all her things. Amine must leave with nothing. She had no money. She had no food.
Amine walked alone. The road was long. She was very sad. Tears fell down. She had no home now. She felt cold. She went to her old house. The house was not there. It was all gone. Just an empty space. She felt lost and alone. She missed her home.
Amine walked to her sister. Zobéide lived far away. Her sister was Zobéide. Zobéide was very kind. She had a warm heart. She saw Amine. Amine looked tired. Amine told her sad story. Zobéide listened well. Zobéide had sad times too. She knew Amine. She hugged Amine close. She gave comfort.
The King heard Amine's story. He was a wise man. He is a good king. He cared for his people. He felt sad for Amine. Her story touched him. He wanted to help her. He wanted to make things right. He is a kind king. He wanted justice.
Zobéide told the King a secret. It was a big secret. She had special magic hair. It sparkled brightly. A Kind Fairy gave it to her. The fairy was strong. The fairy helped her sisters before. They were under a bad spell. The magic hair can call the fairy. It was a gift.
The King asked Zobéide. He had hope. "Call the fairy now," he said. Zobéide burned the magic hair. A small flame. Poof! The Kind Fairy came. She glowed softly. She was very pretty. "How can I help?" she asked. Her voice was sweet.
The Kind Fairy is magic. Her power is great. She helped Zobéide's sisters. They are well again. They smiled brightly. She touched Amine's face. Her touch was gentle. The sad mark went away. Amine is pretty. Her skin was clear. She felt very happy. She thanked the fairy.
The Kind Fairy told a secret. It was a big surprise. "Amine's husband is Prince Amin," she said. "He is the King's son." King was shocked. He looked at his son. Prince Amin was not kind. This was a big secret. The King felt sad.
The King talked to Prince Amin. He spoke with him. He told him to be kind. Prince Amin felt sad. He knew his wrong. He said, "I am sorry." He promised kindness. Amine and he are kin. They would try again.
All are happy now. Joy filled the air. The King is kind to Zobéide. He helps her find a good friend. She is happy too. Amine's kin is happy. They live as one. Their home is full. They are all friends. They share their lives.
And so. Amine and her kin lived well. Full of kindness. They shared much joy. Their lives were good.
Original Story
HISTOIRE D'AMINE
Commandeur des croyants, dit Amine, pour ne pas répéter des choses dont Votre Majesté a déjà été instruite par l'histoire de ma sœur, je vous dirai que ma mère, ayant pris une maison pour passer son veuvage en particulier, me donna en mariage, avec le bien que mon père m'avait laissé, à un des plus riches héritiers de cette ville.
La première année de notre mariage n'était pas écoulée, que je demeurai veuve, et en possession de tout le bien de mon mari, qui montait à quatre-vingt-dix mille sequins. Le revenu seul de cette somme suffisait de reste pour me faire passer ma vie fort honnêtement. Cependant, dès que les premiers six mois de mon deuil furent passés, je me fis faire dix habits différents, d'une si grande magnificence, qu'ils revenaient à mille sequins chacun, et je commençai au bout de l'année à les porter.
Un jour que j'étais seule occupée à mes affaires domestiques, on me vint dire qu'une dame demandait à me parler. J'ordonnai qu'on la fît entrer. C'était une personne fort avancée en âge. Elle me salua en baisant la terre, et me dit en demeurant sur ses genoux: Ma bonne dame, je vous supplie d'excuser la liberté que je prends de vous venir importuner: la confiance que j'ai en votre charité me donne cette hardiesse. Je vous dirai, mon honorable dame, que j'ai une fille orpheline qui doit se marier aujourd'hui; qu'elle et moi sommes étrangères, et que nous n'avons pas la moindre connaissance en cette ville. Cela nous donne de la confusion; car nous voudrions faire connaître à la famille nombreuse avec laquelle nous allons faire alliance, que nous ne sommes pas des inconnues, et que nous avons quelque crédit. C'est pourquoi, ma charitable dame, si vous avez pour agréable d'honorer ces noces de votre présence, nous vous aurons d'autant plus d'obligation, que les dames de notre pays connaîtront que nous ne sommes pas regardées ici comme des misérables.
Ce discours, que la pauvre dame entremêla de larmes, me toucha de compassion. Ma bonne mère, lui dis-je, ne vous affligez pas; je veux bien vous faire le plaisir que vous me demandez; dites-moi où il faut que j'aille, je ne veux que le temps de m'habiller un peu proprement. La vieille dame, transportée de joie à cette réponse, fut plus prompte à me baiser les pieds que je ne le fus à l'en empêcher. Ma charitable dame, reprit-elle en se relevant, Dieu vous récompensera de la bonté que vous avez pour vos servantes. Il n'est pas encore besoin que vous preniez cette peine; il suffira que vous veniez avec moi sur le soir, à l'heure que je viendrai vous prendre. Adieu, madame, ajouta-t-elle, jusqu'à l'honneur de vous voir.
Aussitôt qu'elle m'eut quittée, je pris celui de mes habits qui me plaisait davantage, avec un collier de grosses perles, des bracelets, des bagues et des pendants d'oreilles de diamants les plus fins et les plus brillants. J'eus un pressentiment de ce qui me devait arriver.
La nuit commençait à paraître, lorsque la vieille dame arriva chez moi, d'un air qui marquait beaucoup de joie. Elle me baisa la main, et me dit: Ma chère dame, les parentes de mon gendre, qui sont les premières dames de la ville, sont assemblées; vous viendrez quand il vous plaira: me voilà prête à vous servir de guide. Nous partîmes aussitôt; elle marcha devant moi, et je la suivis avec un grand nombre de mes femmes esclaves proprement habillées. Nous nous arrêtâmes dans une rue fort large, nouvellement balayée et arrosée, à une grande porte éclairée par un fanal, dont la lumière me fit lire cette inscription qui était au-dessus de la porte en lettres d'or: C'est ici la demeure éternelle des plaisirs et de la joie. La vieille dame frappa, et l'on ouvrit à l'instant.
On me conduisit au fond de la cour, dans une grande salle, où je fus reçue par une jeune dame d'une beauté sans pareille. Elle vint au-devant de moi; et après m'avoir embrassée et fait asseoir près d'elle dans un sofa, où il y avait un trône d'un bois précieux, rehaussé de diamants: Madame, me dit-elle, on vous a fait venir ici pour assister à des noces; mais j'espère que ces noces seront autres que celles que vous vous imaginez. J'ai un frère, qui est le mieux fait et le plus accompli de tous les hommes; il est si charmé du portrait qu'il a entendu faire de votre beauté, que son sort dépend de vous, et qu'il sera très-malheureux si vous n'avez pitié de lui. Il sait le rang que vous tenez dans le monde, et je puis vous assurer que le sien n'est pas indigne de votre alliance. Si mes prières, madame, peuvent quelque chose sur vous, je les joins aux siennes, et vous supplie de ne pas rejeter l'offre qu'il vous fait de vous recevoir pour femme.
Depuis la mort de mon mari, je n'avais pas encore en la pensée de me remarier; mais je n'eus pas la force de refuser une si belle personne. Dès que j'eus consenti à la chose par un silence accompagné d'une rougeur qui parut sur mon visage, la jeune dame frappa des mains: un cabinet s'ouvrit aussitôt, et il en sortit un jeune homme d'un air majestueux, et d'une fort belle figure. Il prit place auprès de moi; et je connus, par l'entretien que nous eûmes, que son mérite était encore au-dessus de ce que sa sœur m'en avait dit.
Lorsqu'elle vit que nous étions contents l'un de l'autre, elle frappa des mains une seconde fois, et un cadi entra, qui dressa notre contrat de mariage, le signa, et le fit signer aussi par quatre témoins qu'il avait amenés avec lui. La seule chose que mon nouvel époux exigea de moi fut que je ne me ferais point voir ni ne parlerais à aucun homme qu'à lui. Notre mariage fut conclu et achevé de cette manière; ainsi je fus la principale actrice des noces auxquelles j'avais été invitée seulement.
Un mois après notre mariage, ayant besoin de quelque étoffe, je demandai à mon mari la permission de sortir pour aller faire cette emplette. Il me l'accorda, et je pris pour m'accompagner la vieille dame dont j'ai déjà parlé, qui était de la maison, et deux de mes femmes esclaves.
Quand nous fûmes dans la rue des marchands, la vieille dame me dit: Ma bonne maîtresse, puisque vous cherchez une étoffe de soie, il faut que je vous mène chez un jeune marchand que je connais ici; il en a de toutes sortes; et, sans vous fatiguer à courir de boutique en boutique, je puis vous assurer que vous trouverez chez lui ce que vous ne trouveriez pas ailleurs. Je me laissai conduire, et nous entrâmes dans la boutique d'un jeune marchand. Je m'assis, et lui fis dire par la vieille dame de me montrer les plus belles étoffes de soie qu'il eût.
Le marchand me montra plusieurs étoffes, dont l'une, m'ayant agréé plus que les autres, je lui fis demander combien il l'estimait. Il répondit à la vieille: Je ne la lui vendrai ni pour or ni pour argent; mais je lui en ferai un présent, si elle veut bien me permettre de lui dire un mot à l'oreille. J'ordonnai à la vieille de lui dire qu'il était bien hardi de me faire cette proposition. Mais au lieu de m'obéir, elle me représenta que ce que le marchand demandait n'était pas une chose fort importante; qu'il ne s'agissait point de parler, mais seulement de se laisser dire un mot. J'avais tant d'envie d'avoir l'étoffe, que je fus assez simple pour suivre ce conseil, la vieille dame et mes femmes se mirent devant, afin qu'on ne me vît pas, et je me dévoilai; mais au lieu de me parler, le marchand me mordit jusqu'au sang.
La douleur et la surprise furent telles que j'en tombai évanouie, et je demeurai assez longtemps en cet état pour donner au marchand celui de fermer sa boutique et de prendre la fuite. Lorsque je fus revenue à moi, je me sentis la joue tout ensanglantée. La vieille dame et mes femmes avaient eu soin de la couvrir d'abord de mon voile, afin que le monde qui accourut ne s'aperçût de rien, et crût que ce n'était qu'une faiblesse qui m'avait prise...
LIXE NUIT
Voici, dit la sultane, comment Amine reprit son histoire:
La vieille qui m'accompagnait, poursuivit-elle, extrêmement mortifiée de l'accident qui m'était arrivé, tâcha de me rassurer. Ma bonne maîtresse, me dit-elle, je vous demande pardon: je suis cause de ce malheur. Je vous ai amenée chez ce marchand, parce qu'il est de mon pays; et je ne l'aurais jamais cru capable d'une si grande méchanceté; mais ne vous affligez pas: ne perdons point de temps, retournons au logis; je vous donnerai un remède qui vous guérira en trois jours si parfaitement, qu'il n'y paraîtra pas la moindre marque.
La nuit venue, mon mari arriva; il s'aperçut que j'avais la tête enveloppée; il me demanda ce que j'avais. Je répondis que c'était un mal de tête; et j'espérais qu'il en demeurerait là; mais il prit une bougie, et voyant que j'étais blessée à la joue: D'où vient cette blessure? me dit-il. Quoique je ne fusse pas fort criminelle, je ne pouvais me résoudre à lui avouer la chose: Je lui dis que, comme j'allais acheter une étoffe de soie, avec la permission qu'il m'en avait donnée, un porteur chargé de bois avait passé si près de moi dans une rue fort étroite, qu'un bâton m'avait fait une égratignure au visage, mais que c'était peu de chose.
Cette raison mit mon mari en colère. Cette action, me dit-il, ne demeurera pas impunie. Je donnerai demain ordre au lieutenant de police d'arrêter tous ces brutaux de porteurs, et de les faire tous pendre. Dans la crainte que j'eus d'être cause de la mort de tant d'innocents, je lui dis: Seigneur, je serais fâchée qu'on fît une si grande injustice; gardez-vous bien de la commettre: je me croirais indigne de pardon, si j'avais causé ce malheur. Dites-moi donc sincèrement, reprit-il, ce que je dois penser de votre blessure.
Je lui repartis qu'elle m'avait été faite par l'inadvertance d'un vendeur de balais monté sur un âne; qu'il venait derrière moi la tête tournée d'un autre côté; que son âne m'avait poussée si rudement, que j'étais tombée, et que j'avais donné de la joue contre du verre. Cela étant, dit alors mon mari, le soleil ne se lèvera pas demain que le grand vizir Giafar ne soit averti de cette insolence. Il fera mourir tous ces marchands de balais. Au nom de Dieu, seigneur, interrompis-je, je vous supplie de leur pardonner; ils ne sont pas coupables. Comment donc, madame! dit-il; que faut-il que je croie? Parlez, je veux absolument entendre de votre bouche la vérité. Seigneur, lui répondis-je, il m'a pris un étourdissement et je suis tombée; voilà le fait.
A ces dernières paroles, mon époux perdit patience. Ah! s'écria-t-il, c'est trop longtemps écouter des mensonges. En disant cela, il frappa des mains, et trois esclaves entrèrent. Tirez-la hors du lit, leur dit-il, étendez-la au milieu de la chambre. Les esclaves exécutèrent son ordre; et comme l'un me tenait par la tête et l'autre par les pieds, il commanda au troisième d'aller prendre un sabre; et quand il l'eut apporté: Frappe, lui dit-il, coupe-lui le corps en deux, et va le jeter dans le Tigre; qu'il serve de pâture aux poissons. C'est le châtiment que je fais aux personnes à qui j'ai donné mon cœur et qui me manquent de foi. Comme il vit que l'esclave ne se hâtait pas d'obéir: Frappe donc! continua-t-il. Qui t'arrête? qu'attends-tu? Madame, me dit alors l'esclave, vous touchez au dernier moment de votre vie: voyez si vous avez quelque chose dont vous vouliez disposer avant votre mort.
Je demandai la liberté de dire un mot. Elle me fut accordée. Je soulevai la tête, et regardant mon époux bien tendrement: Hélas! lui dis-je, en quel état me voilà réduite! il faut donc que je meure dans mes plus beaux jours! En ce moment, la vieille dame, qui avait été nourrice de mon époux, entra; et se jetant à ses pieds pour tâcher de l'apaiser: Mon fils, lui dit-elle, pour prix de vous avoir nourri et élevé, je vous conjure de m'accorder sa grâce. Considérez que l'on tue celui qui tue. Elle prononça ces paroles d'un air si touchant, et elle les accompagna de tant de larmes, qu'elles firent une forte impression sur mon époux. Hé bien! dit-il à sa nourrice, pour l'amour de vous, je lui donne la vie. Mais je veux qu'elle porte des marques qui la fassent souvenir de son crime.
A ces mots, un esclave, par son ordre, me donna de toute sa force, sur les côtes et sur la poitrine, tant de coups d'une petite canne pliante qui enlevait la peau et la chair, que j'en perdis connaissance. Après cela, il me fit porter par les mêmes esclaves, ministres de sa fureur, dans une maison où la vieille eut grand soin de moi. Je gardai le lit quatre mois. Enfin je guéris; mais les cicatrices que vous vîtes hier, contre mon intention, me sont restées depuis.
Dès que je fus en état de marcher et de sortir, je voulus retourner à la maison que j'avais eue de mon premier mari; mais je n'y trouvai que la place. Mon second époux, dans l'excès de sa colère, ne s'était pas contenté de la faire abattre, il avait fait même raser toute la rue où elle était située. Cette violence était sans doute inouïe; mais contre qui aurais-je fait ma plainte?
Désolée, dépourvue de toutes choses, j'eus recours à ma chère sœur Zobéide, qui vient de raconter son histoire à Votre Majesté, et je lui fis le récit de ma disgrâce. Elle me reçut avec sa bonté ordinaire, et m'exhorta à la supporter patiemment. Enfin, après m'avoir donné mille marques d'amitié, elle me présenta ma cadette, qui s'était retirée chez elle après la mort de notre mère.
Ainsi, remerciant Dieu de nous avoir toutes trois rassemblées, nous résolûmes de vivre libres sans nous séparer jamais. Il y a longtemps que nous menons cette vie tranquille; et comme je suis chargée de la dépense de la maison, je me fais un plaisir d'aller moi-même faire les provisions dont nous avons besoin. J'en allai acheter hier, et les fis apporter par un porteur, homme d'esprit et d'humeur agréable, que nous retînmes pour nous divertir. Votre Majesté sait le reste. Le calife Haroun-al-Raschid fut très-content d'avoir appris ce qu'il voulait savoir, et témoigna publiquement l'admiration que lui causait tout ce qu'il venait d'entendre.
LXE NUIT
Sire, continua Scheherazade, le calife, ayant satisfait sa curiosité, voulut donner des marques de sa grandeur et de sa générosité aux Calenders princes, et faire sentir aussi aux trois dames des effets de sa bonté. Sans se servir du ministère de son grand vizir, il dit lui-même à Zobéide: Madame, cette fée qui se fit voir d'abord à vous en serpent, et qui vous a imposé une si rigoureuse loi, ne vous a-t-elle point parlé de sa demeure, ou plutôt ne vous promit-elle pas de vous revoir et de rétablir les deux chiennes en leur premier état?
Commandeur des croyants, répondit Zobéide, j'ai oublié de dire à Votre Majesté que la fée me mit entre les mains un petit paquet de cheveux, en me disant qu'un jour j'aurais besoin de sa présence, et qu'alors si je voulais seulement brûler deux brins de ces cheveux, elle serait à moi dans le moment, quand elle serait au delà du mont Caucase. Hé bien! répliqua le calife, faisons venir la fée; vous ne sauriez l'appeler plus à propos, puisque je le souhaite.
Zobéide y ayant consenti, on apporta du feu, et Zobéide mit dessus tout le paquet de cheveux. A l'instant même le palais s'ébranla, et la fée parut devant le calife, sous la figure d'une dame habillée très-magnifiquement. Commandeur des croyants, dit-elle à ce prince, vous me voyez prête à recevoir vos commandements. La dame qui vient de m'appeler par votre ordre m'a rendu un service important. Pour lui en marquer ma reconnaissance, je l'ai vengée de la perfidie de ses sœurs, en les changeant en chiennes; mais si Votre Majesté le désire, je vais leur rendre leur figure naturelle.
Belle fée, lui répondit le calife, vous ne pouvez me faire un plus grand plaisir: faites-leur cette grâce: après cela, je chercherai les moyens de les consoler d'une si rude pénitence; mais auparavant, j'ai encore une prière à vous faire en faveur de la dame qui a été si cruellement maltraitée par un mari inconnu. Comme vous savez une infinité de choses, il est à croire que vous n'ignorez pas celle-ci: obligez-moi de me nommer le barbare qui ne s'est pas contenté d'exercer sur elle une si grande cruauté, mais qui lui a même enlevé très-injustement tout le bien qui lui appartenait. Je m'étonne qu'une action si injuste, si inhumaine, et qui fait tort à mon autorité, ne soit pas venue jusqu'à moi.
Pour faire plaisir à Votre Majesté, répliqua la fée, je remettrai les deux chiennes en leur premier état; je guérirai la dame de ses cicatrices, de manière qu'il ne paraîtra pas que jamais elle ait été frappée; et ensuite je vous nommerai celui qui l'a fait maltraiter ainsi.
Le calife envoya chercher les deux chiennes chez Zobéide; et lorsqu'on les eut amenées, on présenta une tasse pleine d'eau à la fée, qui l'avait demandée. Elle prononça dessus des paroles que personne n'entendit, et elle en jeta sur Amine et sur les deux chiennes. Elles furent changées en deux dames d'une beauté surprenante, et les cicatrices d'Amine disparurent. Alors la fée dit au calife: Commandeur des croyants, il faut vous découvrir présentement qui est l'époux inconnu que vous cherchez. Il vous appartient de fort près, puisque c'est le prince Amin, votre fils aîné, frère du prince Mamoun, son cadet. Étant devenu passionnément amoureux de cette dame, sur le récit qu'on lui avait fait de sa beauté, il trouva un prétexte pour l'attirer chez lui, où il l'épousa. C'est tout ce que je puis dire pour satisfaire votre curiosité. En achevant ces paroles, elle salua le calife et disparut.
Ce prince, rempli d'admiration et content des changements qui venaient d'arriver par son moyen, fit des actions dont il sera parlé éternellement. Il fit premièrement appeler le prince Amin, son fils, lui dit qu'il savait son mariage secret, et lui apprit la cause de la blessure d'Amine. Le prince n'attendit pas que son père lui parlât de la reprendre, il la reprit à l'heure même.
Le calife déclara ensuite qu'il donnait son cœur et sa main à Zobéide, et proposa les trois autres sœurs aux trois Calenders, fils de rois, qui les acceptèrent pour femmes avec beaucoup de reconnaissance. Le calife leur assigna à chacun un palais magnifique dans la ville de Bagdad; il les éleva aux premières charges de son empire, et les admit dans ses conseils.
Il n'était pas jour encore lorsque Scheherazade acheva cette histoire, qui avait été tant de fois interrompue et continuée. Cela lui donna lieu d'en commencer une autre. Ainsi, adressant la parole au sultan, elle lui dit:
Story DNA
Moral
Even in the face of grave injustice and suffering, redemption and happiness can be found through unexpected interventions and the power of compassion.
Plot Summary
Amine, a wealthy widow, is tricked into a secret marriage with a mysterious man who forbids her from seeing or speaking to other men. When she is lured into breaking this vow and disfigured, her husband brutally punishes her, leaving her scarred and destitute. She finds refuge with her sister Zobéide, whose own sisters were transformed into dogs. The Caliph, hearing their tales, summons a fairy who heals Amine, restores Zobéide's sisters, and reveals Amine's cruel husband to be the Caliph's own son, Prince Amin. The story concludes with all characters finding justice, healing, and happiness through new marriages.
Themes
Emotional Arc
suffering to triumph
Writing Style
Narrative Elements
Cultural Context
Part of 'One Thousand and One Nights', set during the Abbasid Caliphate, though the stories themselves are fantastical and not strictly historical. The Caliph Haroun-al-Raschid was a real ruler, but his portrayal here is legendary.
Plot Beats (14)
- Amine, a wealthy young widow, recounts how she was approached by an old woman to attend a wedding.
- The 'wedding' is a setup for Amine to meet and marry a handsome, mysterious man who imposes a strict condition: she must never show herself or speak to any man but him.
- A month later, while shopping for fabric, the old woman leads Amine to a merchant who, under false pretenses, bites her face, breaking her vow.
- Amine's husband discovers her injury and, in a fit of rage, orders her execution.
- His old nurse intervenes, begging for Amine's life, which the husband grants, but orders her to be severely beaten and scarred.
- Amine is left for dead, then nursed back to health, but finds her former home and street completely razed by her husband.
- Destitute and scarred, Amine seeks refuge with her sister Zobéide, who has also suffered a great misfortune.
- The Caliph, having heard Amine's story (as part of the larger 'Three Ladies of Baghdad' narrative), is moved and seeks to help her.
- Zobéide reveals she has a magical packet of hair from a fairy who had transformed her sisters into dogs.
- The Caliph orders Zobéide to summon the fairy, who appears and offers to fulfill the Caliph's wishes.
- The fairy transforms Zobéide's sisters back into women and heals Amine's scars, restoring her beauty.
- The fairy reveals Amine's cruel husband is Prince Amin, the Caliph's eldest son.
- The Caliph confronts his son, who immediately takes Amine back as his wife.
- The Caliph marries Zobéide, and the other two sisters are married to the three Calenders, bringing a happy resolution for all.
Characters
Amine
Of striking beauty, though initially bearing severe scars on her back from a beating. These scars later disappear due to the Fairy's magic, restoring her flawless complexion. She is of average height and slender build, typical of a woman of noble birth in the Middle East.
Attire: Initially wears ten magnificent dresses, each costing a thousand sequins, indicating luxurious fabrics like silk or brocade, richly embroidered and possibly adorned with jewels, in vibrant colors. When going out, she chooses her favorite, accessorized with a large pearl necklace, diamond bracelets, rings, and earrings. Her attire reflects immense wealth and refined taste, typical of a high-status woman in Abbasid Baghdad.
Wants: Initially, to live a comfortable and honorable life after her first husband's death. Later, to find security and companionship, and eventually, to live peacefully with her sisters.
Flaw: Her trusting nature and susceptibility to flattery, which leads her into a dangerous marriage. Her beauty also makes her a target.
Transforms from a wealthy, independent widow into a cruelly abused wife, then a destitute survivor, and finally, through the Caliph's intervention, is restored to her rightful place as a princess and wife of Prince Amin, healed of her wounds and reunited with her family.
Compassionate (to the old lady), trusting (of her second husband and the old lady), resilient (recovers from severe abuse), independent (manages her own household), and resourceful (seeks refuge with her sister). She is also somewhat naive, as she falls for a trap.
The Old Lady
A person 'fort avancée en âge' (very advanced in age), implying a frail or stooped posture, with the physical signs of old age. Her appearance is initially humble and sorrowful, designed to evoke pity.
Attire: Initially described as a 'pauvre dame' (poor lady), suggesting simple, modest clothing, perhaps a dark, plain abaya or a long, loose dress made of coarse fabric, with a head covering. Later, when she returns to fetch Amine, her attire is not re-described, but her role as a servant in the Prince's house suggests she maintains a modest appearance.
Wants: To serve her master, Prince Amin, by luring Amine into his household. Her personal gain or loyalty is implied through her actions.
Flaw: Her loyalty to Prince Amin makes her complicit in his cruelties.
Remains a static character, serving as a tool for the plot. Her true nature as an accomplice is revealed through her actions.
Deceptive, manipulative, cunning, and seemingly humble. She is an effective actress, capable of feigning distress and compassion to achieve her goals.
The Young Lady (Prince Amin's Sister)
Described as being of 'une beauté sans pareille' (unparalleled beauty), suggesting a graceful figure and captivating presence. She is likely of average height and slender build, befitting her royal status.
Attire: Her attire is not explicitly detailed, but her description as a 'jeune dame' of unparalleled beauty, receiving Amine in a grand hall with a diamond-studded throne, implies she wears magnificent, luxurious garments. Likely a flowing gown of rich silk or brocade, possibly embroidered with gold or silver, and adorned with jewels, typical of a princess in Abbasid Baghdad.
Wants: To secure Amine as a wife for her brother, Prince Amin, fulfilling his desires.
Flaw: Her complicity in her brother's cruel and deceptive actions.
Remains a static character, serving as an instrument in her brother's deception.
Charming, persuasive, manipulative, and loyal to her brother. She is an active participant in his schemes, using her beauty and eloquence to ensnare Amine.
Prince Amin
Described as 'le mieux fait et le plus accompli de tous les hommes' (the best-formed and most accomplished of all men), and of 'une fort belle figure' (a very handsome figure), with a 'majestueux' (majestic) air. He is likely tall, well-built, and physically attractive, befitting a prince.
Attire: His attire is not explicitly detailed, but his status as a prince and the Caliph's eldest son implies luxurious and regal clothing. Likely wears fine silk robes, possibly embroidered with gold, a jeweled turban, and a sash, typical of a prince in Abbasid Baghdad.
Wants: To possess Amine, driven by his infatuation with her beauty. He wants to control her completely and punish any perceived disobedience.
Flaw: His extreme possessiveness, jealousy, and violent temper, which lead him to commit heinous acts.
Begins as a charming but deceptive prince. His cruelty is revealed through his actions. He is eventually forced by his father, the Caliph, to acknowledge his marriage and take Amine back, implying a forced change in behavior, though his true repentance is not explicitly stated.
Charming (initially to Amine), possessive, cruel, jealous, and tyrannical (especially after marriage). He is also impulsive and prone to extreme anger.
Caliph Haroun-al-Raschid
A powerful and respected ruler, implying a dignified and authoritative presence. His physical description is not detailed, but he would be of a mature age, with a commanding stature befitting a Caliph.
Attire: As the 'Commandeur des croyants' (Commander of the Faithful), he would wear the most magnificent and regal attire. This would include flowing robes of the finest silk, possibly in rich colors like green or gold, heavily embroidered with gold thread, a jeweled turban, and a sash. His clothing would signify immense wealth and power, typical of an Abbasid Caliph.
Wants: To satisfy his curiosity, to uphold justice, and to demonstrate his generosity and power as a ruler.
Flaw: None explicitly shown, he acts as a figure of ultimate authority and justice.
Remains a static character, serving as the ultimate arbiter of justice and resolution in the story. He brings about the happy ending for the protagonists.
Curious (to hear the stories), just (seeks to right wrongs), generous (rewards the characters), and wise (makes fair judgments). He is also decisive and exercises his authority firmly.
The Fairy
Appears as a 'dame habillée très-magnifiquement' (a lady dressed very magnificently), implying a beautiful and ethereal form, possibly with an aura of magic. Her appearance is designed to impress and convey power.
Attire: Dressed 'très-magnifiquement,' suggesting garments of exquisite, possibly otherworldly fabrics that shimmer or change color, adorned with jewels or magical symbols. Her attire would be grander and more ethereal than human royalty, reflecting her magical nature.
Wants: To fulfill her commitments and to respond to the summons of those who hold her token. She also seeks to maintain balance and justice.
Flaw: Bound by the magical token given to Zobéide, she must appear when summoned.
Remains a static character, serving as a deus ex machina to resolve the magical elements of the story and reveal crucial information.
Powerful, just (in her initial punishment of Zobéide's sisters), responsive (to being summoned), and benevolent (when commanded by the Caliph). She is capable of both severe punishment and miraculous healing.
Zobéide
Amine's elder sister, who has already recounted her own story to the Caliph. She is described as having 'sa bonté ordinaire' (her usual kindness). Her physical appearance is not detailed, but she would be a woman of mature age, likely possessing a dignified presence.
Attire: Her attire would be that of a noblewoman, perhaps a flowing silk dress or abaya, possibly in a rich color, adorned with some jewelry, though perhaps less ostentatious than Amine's initial display of wealth, given her past misfortunes.
Wants: To live peacefully with her sisters and to support them. She also seeks to resolve her own past misfortunes with the Fairy's help.
Flaw: None explicitly stated in Amine's story, but her past story (not detailed here) involved her sisters' treachery.
Her arc is largely completed before Amine's story, but in this narrative, she is instrumental in summoning the Fairy and facilitating the resolution of Amine's plight. She ultimately marries one of the Calenders.
Kind, compassionate, patient, and supportive (especially towards Amine and her younger sister). She is also resilient, having endured her own trials.
Locations
Amine's First Home
A private house in the city, where Amine lived in widowhood after her first husband's death. It was later completely razed to the ground by her second husband.
Mood: Initially peaceful and prosperous, later desolate and destroyed.
Amine lives here as a wealthy widow, receives the old woman's invitation, and prepares for the wedding. Later, she finds it completely destroyed.
Prince Amin's Palace Entrance
A very wide street, newly swept and watered, leading to a large, imposing gate. A lantern illuminates an inscription above the gate in golden letters: 'This is the eternal abode of pleasures and joy.'
Mood: Mysterious, inviting, opulent, with a hint of foreboding.
Amine arrives here, led by the old woman, and enters the palace where she will unknowingly marry Prince Amin.
Prince Amin's Palace Grand Hall
A large hall deep within the palace courtyard, where Amine is received. It features a precious wood throne embellished with diamonds, and a cabinet that opens to reveal Prince Amin.
Mood: Luxurious, elegant, surprising, and ultimately fateful.
Amine is introduced to Prince Amin's sister, learns of his proposal, and consents to marry him. The marriage contract is drawn up here.
Caliph Haroun-al-Raschid's Palace Throne Room
The Caliph's palace, where Amine recounts her story and the fairy appears to resolve the curses and injustices.
Mood: Authoritative, just, magical, and ultimately triumphant.
Amine's story concludes, the fairy is summoned, the sisters are transformed back, Amine's scars are healed, and Prince Amin is revealed as her husband. The Caliph dispenses justice and arranges new marriages.