HISTOIRE DU PETIT BOSSU
by Unknown · from Les mille et une nuits: contes choisis
Adapted Version
A kind Tailor and his Wife lived in town. They had a funny friend. He loved to sing. He made them laugh. He was a very happy friend. One day, the Tailor saw his funny friend. The Tailor asked him to come to his house. The funny friend said yes. The Tailor closed his shop. They went home to eat dinner. They were all very hungry. They waited for their food.
They sat down to eat fish. The fish was tasty. The funny friend ate his fish. A fish bone got stuck. He stopped moving. He fell asleep for good. The Tailor and his Wife were very scared. They did not know what to do. They were very, very worried. Their hearts beat fast. They felt very bad.
The Tailor had a plan. They must move their sleeping friend. They took their sleeping friend. One held his feet. One held his head. They carried him to a kind Doctor's house. It was very dark outside. They were very quiet. They knocked on the door. They left their sleeping friend there. They went home fast. They did not want to be seen. They were still very scared.
The Doctor came to the door. It was very dark. He did not see the sleeping friend. He tripped over him. The Doctor fell down too. He got very, very scared. He thought, "Oh no! I hurt him badly!" He was very sad. He felt very bad. His heart was pounding. He did not know what to do.
The Doctor's Wife helped him. She had a good idea. They must move the sleeping friend. They took him to their roof. They used strong ropes. They lowered him into a store owner's house. He went down the chimney. It was a strange way to move him. They hoped no one saw them.
The Store owner came home. He saw the sleeping friend. He thought it was a thief. He was very angry. He pushed the sleeping friend hard. He thought, "Oh no! I hurt him badly!" The Store owner was scared. He did not mean to hurt anyone. He felt very worried. He was very upset.
The Store owner had an idea. He must move the sleeping friend. He carried him outside. He put him against a wall. The sleeping friend stood there. The Store owner went home. He was very quiet. He hoped no one would find him. He wanted to be safe.
A Merchant walked by. He did not see the sleeping friend. He bumped into him. A guard came by. The guard saw the Merchant. The guard saw the sleeping friend. The guard took the Merchant to jail. He thought the Merchant hurt someone. This was a big problem. The Merchant was in trouble.
The Merchant was very sad. He was going to be punished very badly. He did not hurt the funny friend. He was very scared. He cried a little. He did not know what to do. He felt very hopeless. He wished someone would help him. He was truly innocent.
Then, the Store owner ran there. He saw the Merchant. He cried, "Stop! It was me! I pushed him!" Guards let the Merchant go. The Store owner was going to be punished. He felt very brave to tell the truth. He was scared but honest.
Then, the Doctor ran there. He cried, "Stop! It was me! I tripped over him!" He moved the friend. Guards let the Store owner go. The Doctor was going to be punished. He felt scared but also brave. He knew he had to speak.
Then, the Tailor ran there. He cried, "Stop! It was me! He just fell asleep!" He left his friend. Guards let the Doctor go. The Tailor was going to be punished. He was very worried for his friend. He felt very bad.
The King heard the story. He sent for all scared people. He sent for the funny friend. They all stood before the King. The King listened well. He wanted to know all. He listened to each one.
The King heard the whole story. Each person told their part. The King smiled. "Now I know the truth!" he said. "No one is in trouble. Always tell the truth. Even if scared. It makes all better!" All felt happy. The big mix-up was over. All were safe now.
Original Story
HISTOIRE DU PETIT BOSSU
Il y avait autrefois à Casgar, aux extrémités de la Grande-Tartarie, un tailleur qui avait une très-belle femme qu'il aimait beaucoup, et dont il était aimé de même. Un jour qu'il travaillait, un petit bossu vint s'asseoir à l'entrée de sa boutique, et se mit à chanter en jouant du tambour de basque. Le tailleur prit plaisir à l'entendre, et résolut de l'emmener dans sa maison pour réjouir sa femme. Avec ses chansons plaisantes, disait-il, il nous divertira tous deux ce soir. Il lui en fit la proposition, et le bossu l'ayant acceptée, il ferma sa boutique et le mena chez lui.
Dès qu'ils y furent arrivés, la femme du tailleur, qui avait déjà mis le couvert, parce qu'il était temps de souper, servit un bon plat de poisson qu'elle avait préparé. Ils se mirent tous trois à table; mais en mangeant, le bossu avala par malheur une grosse arête ou un os dont il mourut en peu de moments, sans que le tailleur et sa femme y pussent remédier. Ils furent l'un et l'autre d'autant plus effrayés de cet accident, qu'il était arrivé chez eux, et qu'ils avaient sujet de craindre que si la justice venait à le savoir, on ne les punît comme des assassins. Le mari néanmoins trouva un expédient pour se défaire du corps mort; il fit réflexion qu'il demeurait dans le voisinage un médecin juif; et là-dessus, ayant formé un projet, pour commencer à l'exécuter, sa femme et lui prirent le bossu, l'un par les pieds, l'autre par la tête, et le portèrent jusqu'au logis du médecin. Ils frappèrent à sa porte, où aboutissait un escalier très-roide par où l'on montait à sa chambre. Une servante descend aussitôt, même sans lumière, ouvre et demande ce qu'ils souhaitent. Remontez, s'il vous plaît, répondit le tailleur, et dites à votre maître que nous lui amenons un homme bien malade, pour qu'il lui ordonne quelque remède. Tenez, ajouta-t-il en lui mettant en main une pièce d'argent, donnez-lui cela par avance, afin qu'il soit persuadé que nous n'avons pas dessein de lui faire perdre sa peine. Pendant que la servante remonta pour faire part au médecin juif d'une si bonne nouvelle, le tailleur et sa femme portèrent promptement le corps du bossu au haut de l'escalier, le laissèrent là, et retournèrent chez eux en diligence.
Cependant la servante ayant dit au médecin qu'un homme et une femme l'attendaient à la porte, et le priaient de descendre pour voir un malade qu'ils avaient amené, et lui ayant remis entre les mains l'argent qu'elle avait reçu, il se laissa transporter de joie: se voyant payé d'avance, il crut que c'était une bonne pratique qu'on lui amenait, et qu'il ne fallait pas négliger. Prends vite de la lumière, dit-il à sa servante, et suis-moi. En disant cela, il s'avança vers l'escalier avec tant de précipitation, qu'il n'attendit point qu'on l'éclairât; et, venant à rencontrer le bossu, il lui donna du pied dans les côtes si rudement, qu'il le fit rouler jusqu'au bas de l'escalier; peu s'en fallut qu'il ne tombât et ne roulât avec lui. Apporte donc vite de la lumière! cria-t-il à sa servante. Enfin elle arriva; il descendit avec elle; et trouvant que ce qui avait roulé était un homme mort, il fut tellement effrayé de ce spectacle, qu'il invoqua Moïse, Aaron, Josué, Esdras, et tous les autres prophètes de sa loi. Malheureux que je suis! disait-il, pourquoi ai-je voulu descendre sans lumière? J'ai achevé de tuer ce malade qu'on m'avait amené. Je suis cause de sa mort; et si le bon âne d'Esdras ne vient à mon secours, je suis perdu. Hélas! on va bientôt me tirer de chez moi comme un meurtrier.
Malgré le trouble qui l'agitait, il ne laissa pas d'avoir la précaution de fermer sa porte, de peur que par hasard quelqu'un, venant à passer par la rue, ne s'aperçût du malheur dont il se croyait la cause. Il prit ensuite le cadavre, le porta dans la chambre de sa femme, qui faillit à s'évanouir quand elle le vit entrer avec cette fatale charge. Ah! c'est fait de nous, s'écria-t-elle, si nous ne trouvons moyen de mettre cette nuit hors de chez nous ce corps mort! nous perdrons indubitablement la vie si nous le gardons jusqu'au jour. Quel malheur! comment avez-vous donc fait pour tuer cet homme? Il ne s'agit point de cela, repartit le juif, il s'agit de trouver un remède à un mal si pressant...
LXXXIIIE NUIT
Sire, le médecin et sa femme délibérèrent ensemble sur le moyen de se délivrer du corps mort pendant la nuit. Le médecin eut beau rêver, il ne trouva nul stratagème pour sortir d'embarras; mais sa femme, plus fertile en inventions, dit: Il me vient une pensée: portons ce cadavre sur la terrasse de notre logis, et le jetons par la cheminée dans la maison du musulman notre voisin.
Ce musulman était un des pourvoyeurs du sultan: il était chargé du soin de fournir l'huile, le beurre et toutes sortes de graisses. Il avait chez lui son magasin, où les rats et les souris faisaient un grand dégât.
Le médecin juif ayant approuvé l'expédient proposé, sa femme et lui prirent le bossu, le portèrent sur le toit de leur maison; et après lui avoir passé des cordes sous les aisselles, ils le descendirent par la cheminée dans la chambre du pourvoyeur, si doucement, qu'il demeura planté sur ses pieds contre le mur, comme s'il eût été vivant. Lorsqu'ils le sentirent en bas, ils retirèrent les cordes, et le laissèrent dans l'attitude que je viens de dire. Ils étaient à peine descendus et rentrés dans leur chambre, quand le pourvoyeur entra dans la sienne. Il revenait d'un festin de noces, auquel il avait été invité ce soir-là, et il avait une lanterne à la main. Il fut assez surpris de voir, à la faveur de sa lumière, un homme debout dans sa cheminée; mais comme il était naturellement courageux, et qu'il s'imagina que c'était un voleur, il se saisit d'un gros bâton, avec quoi, courant droit au bossu: Ah! ah! lui dit-il, je m'imaginais que c'étaient les rats et les souris qui mangeaient mon beurre et mes graisses, et c'est toi qui descends par la cheminée pour me voler! Je ne crois pas qu'il te prenne jamais envie d'y revenir. En achevant ces mots, il frappa le bossu, et lui donna plusieurs coups de bâton. Le cadavre tomba le nez contre terre; le pourvoyeur redouble ses coups; mais, remarquant enfin que le corps qu'il frappe est sans mouvement, il s'arrête pour le considérer. Alors, voyant que c'était un cadavre, la crainte commença de succéder à la colère. Qu'ai-je fait, misérable? dit-il. Je viens d'assommer un homme! Ah! j'ai porté trop loin ma vengeance. Grand Dieu! si vous n'avez pitié de moi, c'est fait de ma vie. Maudites soient mille fois les graisses et les huiles qui sont cause que j'ai commis une action si criminelle! Il demeura pâle et défait; il croyait déjà voir les ministres de la justice qui le traînaient au supplice; il ne savait quelle résolution il devait prendre....
LXXXIVE NUIT
Sire le pourvoyeur du sultan de Casgar, en frappant le bossu, n'avait pas pris garde à sa bosse: lorsqu'il s'en aperçut, il fit des imprécations contre lui. Maudit bossu, s'écria-t-il, chien de bossu, plût à Dieu que tu m'eusses volé toutes mes graisses, et que je ne t'eusse point trouvé ici: je ne serais pas dans l'embarras où je suis pour l'amour de toi et de ta vilaine bosse! Étoiles qui brillez aux cieux, ajouta-t-il, n'ayez de la lumière que pour moi dans un danger si évident. En disant ces paroles, il chargea le bossu sur ses épaules, sortit de sa chambre, alla jusqu'au bout de la rue, où, l'ayant posé debout et appuyé contre une boutique, il reprit le chemin de sa maison sans regarder derrière lui.
Quelques moments avant le jour, un marchand chrétien qui était fort riche, et qui fournissait au palais du sultan la plupart des choses dont on y avait besoin, après avoir passé la nuit en débauche, s'avisa de sortir de chez lui pour aller au bain. Quoiqu'il fût ivre, il ne laissa pas de remarquer que la nuit était fort avancée, et qu'on allait bientôt appeler à la prière de la pointe du jour; c'est pourquoi, précipitant ses pas, il se hâtait d'arriver au bain, de peur que quelque musulman, en allant à la mosquée, ne le rencontrât, et ne le menât en prison comme un ivrogne. Néanmoins, quand il fut au bout de la rue, il s'arrêta pour quelque besoin contre la boutique où le pourvoyeur du sultan avait mis le corps du bossu, lequel, venant à être ébranlé, tomba sur le dos du marchand, qui, dans la pensée que c'était un voleur qui l'attaquait, le renversa par terre d'un coup de poing qu'il lui déchargea sur la tête: il lui en donna beaucoup d'autres ensuite, et se mit à crier au voleur.
Le garde du quartier vint à ses cris; et, voyant que c'était un chrétien qui maltraitait un musulman (car le bossu était de notre religion): Quel sujet avez-vous, lui dit-il, de maltraiter ainsi un musulman? Il a voulu me voler, répondit le marchand, et il s'est jeté sur moi pour me prendre à la gorge. Vous vous êtes assez vengé, répliqua le garde en le tirant par le bras; ôtez-vous de là. En même temps il tendit la main au bossu pour l'aider à se relever; mais, remarquant qu'il était mort: Oh! oh! poursuivit-il, c'est donc ainsi qu'un chrétien a la hardiesse d'assassiner un musulman! En achevant ces mots, il arrêta le chrétien, et le mena chez le lieutenant de police, où on le mit en prison jusqu'à ce que le juge fût levé, et en état d'interroger l'accusé. Cependant le marchand chrétien revint de son ivresse, et plus il faisait de réflexions sur son aventure, moins il pouvait comprendre comment de simples coups de poing avaient été capables d'ôter la vie à un homme.
Le lieutenant de police, sur le rapport du garde, et ayant vu le cadavre qu'on avait apporté chez lui, interrogea le marchand chrétien, qui ne put nier un crime qu'il n'avait pas commis. Comme le bossu appartenait au sultan, car c'était un de ses bouffons, le lieutenant de police ne voulut pas faire mourir le chrétien sans avoir auparavant appris la volonté du prince. Il alla au palais, pour cet effet, rendre compte de ce qui se passait au sultan, qui lui dit: Je n'ai point de grâce à accorder à un chrétien qui tue un musulman; allez, faites votre charge. A ces paroles, le juge de police fit dresser une potence, envoya des crieurs par la ville pour publier qu'on allait pendre un chrétien qui avait tué un musulman.
Enfin on tira le marchand de prison, on l'amena au pied de la potence; et le bourreau, après lui avoir attaché la corde au cou, allait l'élever en l'air, lorsque le pourvoyeur du sultan, fendant la presse, s'avança en criant au bourreau: Attendez, attendez; ne vous pressez pas! ce n'est pas lui qui a commis le meurtre, c'est moi. Le lieutenant de police, qui assistait à l'exécution, se mit à interroger le pourvoyeur, qui lui raconta de point en point de quelle manière il avait tué le bossu, et il acheva en disant qu'il avait porté son corps à l'endroit où le marchand chrétien l'avait trouvé. Vous alliez, ajouta-t-il, faire mourir un innocent, puisqu'il ne peut pas avoir tué un homme qui n'était plus en vie. C'est bien assez pour moi d'avoir assassiné un musulman, sans charger encore ma conscience de la mort d'un chrétien qui n'est pas criminel.
LXXXVE NUIT
Sire, dit Scheherazade, le pourvoyeur du sultan de Casgar s'étant accusé lui-même publiquement d'être l'auteur de la mort du bossu, le lieutenant de police ne put se dispenser de rendre justice au marchand. Laisse, dit-il au bourreau, laisse aller le chrétien, et pends cet homme à sa place, puisqu'il est évident, par sa propre confession, qu'il est le coupable. Le bourreau lâcha le marchand, mit aussitôt la corde au cou du pourvoyeur; et, dans le temps qu'il allait l'expédier, il entendit la voix du médecin juif, qui le priait instamment de suspendre l'exécution, et qui se faisait faire place pour se rendre au pied de la potence.
Quand il fut devant le juge de police: Seigneur, lui dit-il, ce musulman que vous voulez faire pendre n'a pas mérité la mort; c'est moi seul qui suis criminel. Hier, pendant la nuit, un homme et une femme que je ne connais pas vinrent frapper à ma porte avec un malade qu'ils m'amenaient. Ma servante alla ouvrir sans lumière, et reçut d'eux une pièce d'argent pour me venir dire de leur part de prendre la peine de descendre pour voir le malade. Pendant qu'elle me parlait, ils apportèrent le malade au haut de l'escalier, et puis disparurent. Je descendis sans attendre que ma servante eût allumé une chandelle; et dans l'obscurité, venant à donner du pied contre le malade, je le fis rouler jusqu'au bas de l'escalier. Enfin je vis qu'il était mort, et que c'était le musulman bossu dont on veut aujourd'hui venger le trépas. Nous prîmes le cadavre, ma femme et moi, nous le portâmes sur notre toit, d'où nous passâmes sur celui du pourvoyeur notre voisin que vous alliez faire mourir injustement, et nous le descendîmes dans sa chambre par sa cheminée. Le pourvoyeur, l'ayant trouvé chez lui, l'a traité comme un voleur, l'a frappé, et a cru l'avoir tué; cela n'est pas, comme vous le voyez, par ma déposition. Je suis donc le seul auteur du meurtre; et quoique je le sois contre mon intention, j'ai résolu d'expier mon crime, pour n'avoir pas à me reprocher la mort de deux musulmans, en souffrant que vous ôtiez la vie au pourvoyeur du sultan, dont je viens vous révéler l'innocence. Renvoyez-le donc, s'il vous plaît, et me mettez à sa place, puisque personne que moi n'est cause de la mort du bossu...
LXXXVIE NUIT
Sire, dit la sultane, dès que le juge de police fut persuadé que le médecin juif était le meurtrier, il ordonna au bourreau de se saisir de sa personne, et de mettre en liberté le pourvoyeur du sultan. Le médecin avait déjà la corde au cou, et allait cesser de vivre, quand on entendit la voix du tailleur, qui priait le bourreau de ne pas passer plus avant, et qui faisait ranger le peuple pour s'avancer vers le lieutenant de police, devant lequel étant arrivé: Seigneur, lui dit-il, peu s'en est fallu que vous n'ayez fait perdre la vie à trois personnes innocentes; mais si vous voulez bien avoir la patience de m'entendre, vous allez connaître le véritable assassin du bossu. Hier, vers la fin du jour, comme je travaillais dans ma boutique, et que j'étais en humeur de me réjouir, le bossu, à demi ivre, arriva et s'assit. Il chanta quelque temps, et je lui proposai de venir passer la soirée chez moi. Il y consentit, et je l'emmenai. Nous nous mîmes à table, et je servis un morceau de poisson; en le mangeant, une arête ou un os s'arrêta dans son gosier; et quelque chose que nous pûmes faire, ma femme et moi, pour le soulager, il mourut en peu de temps. Nous fûmes fort affligés de sa mort; et, de peur d'en être repris, nous portâmes le cadavre à la porte du médecin juif. Je frappai, et je dis à la servante qui vint ouvrir de remonter promptement, et de prier son maître de notre part de descendre pour voir un malade que nous lui amenions; et afin qu'il ne refusât pas de venir, je la chargeai de lui remettre en main propre une pièce d'argent que je lui donnai. Dès qu'elle fut remontée, je portai le bossu au haut de l'escalier sur la première marche, et nous sortîmes aussitôt, ma femme et moi, pour nous retirer chez nous. Le médecin, en voulant descendre, fit rouler le bossu; ce qui lui a fait croire qu'il était cause de sa mort. Puisque cela est ainsi, ajouta-t-il, laissez aller le médecin, et me faites mourir.
Le lieutenant de police et tous les spectateurs ne pouvaient assez admirer les étranges événements dont la mort du bossu avait été suivie. Lâche donc le médecin juif, dit le juge au bourreau, et pends le tailleur, puisqu'il confesse son crime. Il faut avouer que cette histoire est bien extraordinaire, et qu'elle mérite d'être écrite en lettres d'or. Le bourreau ayant mis en liberté le médecin, passa une corde au cou du tailleur.
LXXXVIIE NUIT
Sire, pendant que le bourreau se préparait à pendre le tailleur, le sultan de Casgar, qui ne pouvait se passer longtemps du bossu son bouffon, ayant demandé à le voir, un de ses officiers lui dit: Sire, le bossu, dont Votre Majesté est en peine, après s'être enivré hier, s'échappa du palais, contre sa coutume, pour aller courir par la ville, et il s'est trouvé mort ce matin. On a conduit devant le juge de police un homme accusé de l'avoir tué, et aussitôt le juge a fait dresser une potence. Comme on allait pendre l'accusé, un homme est arrivé, et après celui-là un autre, qui s'accusent eux-mêmes, et se déchargent l'un l'autre. Il y a longtemps que cela dure, et le lieutenant de police est actuellement occupé à interroger un troisième homme qui se dit le véritable assassin.
A ce discours, le sultan de Casgar envoya un huissier au lieu du supplice: Allez, lui dit-il, en toute diligence, dire au juge de police qu'il m'amène incessamment les accusés, et qu'on m'apporte aussi le corps du pauvre bossu, que je veux voir encore une fois. L'huissier partit; et arrivant dans le temps que le bourreau commençait à tirer la corde pour pendre le tailleur, il cria de toute sa force que l'on eût à suspendre l'exécution. Le bourreau ayant reconnu l'huissier, n'osa passer outre, et lâcha le tailleur. Après cela, l'huissier ayant joint le lieutenant de police, déclara la volonté du sultan. Le juge obéit, prit le chemin du palais avec le tailleur, le médecin juif, le pourvoyeur et le marchand chrétien, et fit porter par quatre de ses gens le corps du bossu.
Lorsqu'ils furent tous devant le sultan, le juge de police se prosterna aux pieds de ce prince, et quand il fut relevé, lui raconta fidèlement tout ce qu'il savait de l'histoire du bossu. Le sultan la trouva si singulière, qu'il ordonna à son historiographe particulier de l'écrire avec toutes ses circonstances; puis, s'adressant à toutes les personnes qui étaient présentes: Avez-vous jamais, leur dit-il, rien entendu de plus surprenant que ce qui vient d'arriver à l'occasion du bossu mon bouffon?
A ces paroles, le pourvoyeur se jeta aux pieds du sultan: Sire, dit-il, je supplie Votre Majesté de m'écouter, et de nous faire grâce à tous quatre, si l'histoire que je vais conter à Votre Majesté est plus belle que celle du bossu. Je t'accorde ce que tu me demandes, répondit le sultan: parle. Le pourvoyeur prit alors la parole, et dit:
Story DNA
Moral
The truth, however convoluted, will eventually come to light, and hasty judgments can lead to grave injustices.
Plot Summary
A tailor invites a hunchbacked jester to dinner, where the jester accidentally chokes to death on a fish bone. Fearing legal repercussions, the tailor and his wife discreetly leave the body at a Jewish doctor's doorstep. The doctor, rushing in the dark, trips over the body and believes he killed it, then disposes of it by dropping it down a chimney into a Muslim purveyor's house. The purveyor, mistaking the body for a thief, beats it and also believes he is a murderer, propping it against a wall in the street. A drunken Christian merchant then stumbles upon the body and is falsely accused and sentenced to hang. At the gallows, a dramatic sequence of confessions unfolds, with the purveyor, then the doctor, and finally the tailor, each stepping forward to claim responsibility, revealing the true, accidental nature of the hunchback's death to the amused Sultan, who pardons them all.
Themes
Emotional Arc
panic to relief
Writing Style
Narrative Elements
Cultural Context
Part of 'One Thousand and One Nights' (Arabian Nights), a collection of Middle Eastern and South Asian stories and folk tales compiled during the Islamic Golden Age. The story reflects the diverse social fabric and legal systems of the time, often with a focus on moral lessons or entertaining narratives.
Plot Beats (15)
- A tailor invites a hunchbacked jester to dinner to entertain his wife.
- The hunchback chokes to death on a fish bone during dinner.
- Fearing punishment, the tailor and his wife carry the body and leave it at the doorstep of a Jewish doctor.
- The Jewish doctor, rushing in the dark, trips over the body, believes he killed the man, and panics.
- The doctor and his wife dispose of the body by lowering it down the chimney into the house of a Muslim purveyor.
- The purveyor, returning home, mistakes the hunchback for a thief, beats the dead body, and believes he has killed him.
- The purveyor disposes of the body by propping it up against a wall in the street.
- A drunken Christian merchant stumbles upon the body, bumps into it, and is then discovered by a patrol, who arrest him for murder.
- The Christian merchant is sentenced to be hanged for the murder of the Muslim hunchback.
- As the execution is about to take place, the purveyor rushes forward and confesses to the murder, saving the merchant.
- As the purveyor is about to be hanged, the Jewish doctor rushes forward and confesses, explaining how he 'killed' the man and passed the body to the purveyor.
- As the Jewish doctor is about to be hanged, the tailor rushes forward and confesses, explaining the initial accident and how he left the body at the doctor's door.
- The Sultan, having been informed of the strange events, sends for all the accused and the body of the hunchback.
- The Sultan hears the full story from each person and finds it so extraordinary that he orders it recorded and pardons everyone.
- The purveyor then offers to tell an even more amazing story, leading to further tales.
Characters
The Hunchback
A man of short stature with a pronounced hump on his back. His build is likely slight, given his profession as a musician. His features are not explicitly described but would be consistent with someone from Casgar in Great Tartary, suggesting Central Asian or Middle Eastern features.
Attire: Simple, worn clothing suitable for a traveling musician or jester, possibly a tunic and trousers made of coarse linen or wool, perhaps with some colorful, albeit faded, patches. He would not wear luxurious fabrics.
Wants: To entertain and make a living through his music.
Flaw: His physical vulnerability (choking on a fish bone) and his trusting nature, which leads him to accept invitations from strangers.
His death sets off a chain of events, revealing the interconnectedness of the community and the human tendency to avoid blame. He remains a catalyst rather than undergoing personal change.
Jovial, entertaining, musical, perhaps a bit naive or trusting. He enjoys bringing joy to others through his songs.
The Tailor
A man from Casgar, likely of average height and build, with features consistent with Central Asian or Middle Eastern ethnicity. His hands would show signs of his trade, perhaps calloused or nimble.
Attire: Practical, well-maintained clothing suitable for a skilled craftsman in Casgar. This would include a fitted tunic (qaba or jubba) made of sturdy cotton or linen, possibly with some simple embroidery, over loose trousers (sirwal), and soft leather slippers. His attire would be modest but respectable.
Wants: To enjoy life with his wife, to avoid punishment for the Hunchback's accidental death.
Flaw: Fear of legal repercussions, leading him to make rash and dangerous decisions.
Transforms from a fearful, deceptive man into one who bravely confesses his role, willing to sacrifice himself to save others.
Affectionate (towards his wife), hospitable, easily frightened, resourceful (in a panicked way), ultimately honest and self-sacrificing.
The Tailor's Wife
A beautiful woman from Casgar, likely of average height and slender build, with features consistent with Central Asian or Middle Eastern ethnicity. Her movements would be graceful and efficient, reflecting her role in the household.
Attire: Elegant but practical clothing for a married woman in Casgar. This would include a long, flowing dress (dishdasha or abaya-like garment) made of fine cotton or silk, possibly in a rich color like deep red or emerald green, with delicate embroidery. She would wear a matching headscarf (hijab or chador) draped gracefully.
Wants: To live happily with her husband, to avoid punishment for the Hunchback's accidental death.
Flaw: Fear of legal repercussions, leading her to participate in deceptive acts.
Like her husband, she is driven by fear and participates in the cover-up, but her role is more reactive to her husband's plans.
Loving (towards her husband), hospitable, easily frightened, resourceful (in a panicked way), supportive of her husband.
The Jewish Doctor
A man from Casgar, likely of average height, perhaps a bit portly, with features consistent with a Jewish man from the region. He would have a scholarly appearance, possibly with spectacles.
Attire: Respectable but not opulent clothing for a professional man. This would include a long, dark tunic (jubba or caftan) made of wool or heavy cotton, possibly with a simple pattern, over loose trousers. He might wear a small, round cap or a modest turban. His clothing would be practical for his profession.
Wants: To earn money, to avoid punishment for what he believes is his crime.
Flaw: Greed and fear, which lead him to make hasty decisions and believe he is guilty.
Transforms from a greedy, panicked man into one who bravely confesses his perceived crime, willing to sacrifice himself to save others.
Greedy, easily frightened, prone to panic, superstitious (invoking prophets), resourceful (when his wife suggests a plan), ultimately honest and self-sacrificing.
The Jewish Doctor's Wife
A woman from Casgar, likely of average height and build, with features consistent with a Jewish woman from the region. She would appear practical and intelligent.
Attire: Modest but well-kept clothing for a married woman. This would include a long, simple dress or tunic (qamis) made of sturdy cotton or linen, in muted colors like brown, olive, or dark blue, with a head covering (mitpachat or tichel).
Wants: To save her husband from punishment.
Flaw: Her willingness to shift blame to others to protect her husband.
Remains a clever problem-solver, her actions driven by loyalty and self-preservation.
Resourceful, quick-witted, practical, supportive of her husband, decisive.
The Sultan's Purveyor
A man from Casgar, likely of sturdy build, reflecting his role in managing provisions. His features would be consistent with Central Asian or Middle Eastern ethnicity.
Attire: Clothing appropriate for a merchant and official of the Sultan. This would include a flowing, long-sleeved tunic (thobe or caftan) made of good quality cotton or linen, possibly in a muted but rich color like olive green or deep blue, over loose trousers. He might wear a simple turban or a skullcap. His attire would be respectable and functional.
Wants: To protect his goods, to avoid punishment for what he believes is his crime.
Flaw: His quick temper and assumption of guilt, leading him to strike the Hunchback.
Transforms from an angry, defensive man into one who bravely confesses his perceived crime, willing to sacrifice himself to save others.
Courageous (initially, believing the Hunchback is a thief), quick to anger, protective of his property, easily frightened by authority, ultimately honest and self-sacrificing.
The Sultan of Casgar
A powerful ruler, likely of imposing stature and dignified bearing, with features consistent with a Central Asian or Middle Eastern monarch. His presence would command respect.
Attire: Luxurious and elaborate court attire befitting a Sultan. This would include a flowing robe (kaftan or jubba) made of rich silk or brocade, possibly embroidered with gold thread and precious stones, in colors like royal blue or deep purple. He would wear a jeweled turban and fine leather slippers.
Wants: To understand the strange events surrounding his jester's death, to administer justice.
Flaw: His initial grief for his jester, which drives his investigation.
Acts as the ultimate arbiter of justice, his curiosity and wisdom leading to the unraveling of the mystery.
Curious, just (seeking the truth), fond of his jester, appreciative of good stories, merciful.
Locations
Tailor's House (Casgar)
A modest home in Casgar, Great Tartary, where the tailor lives with his wife. The dining area is set for supper, featuring a table where a fish dish is served. The house has a general domestic atmosphere.
Mood: Initially convivial, quickly turns to panic and fear.
The bossu is invited for supper and accidentally chokes to death on a fish bone, initiating the central conflict.
Jewish Doctor's House (Casgar)
A multi-story residence in Casgar, featuring a very steep staircase leading up to the doctor's chamber from the entrance. The house has a private, somewhat secluded feel, with a terrace on the roof.
Mood: Suspenseful, chaotic, and filled with dread.
The tailor and his wife leave the bossu's body on the stairs. The doctor, rushing down in the dark, trips over the body, sending it tumbling, and believes he has killed him. Later, the doctor and his wife dispose of the body by lowering it down a neighbor's chimney from their rooftop.
Sultan's Purveyor's House (Casgar)
The home of the Sultan's purveyor, a Muslim neighbor, which includes a storeroom for oil, butter, and fats. It has a chimney that connects to the roof, through which the bossu's body is lowered.
Mood: Surprising, confrontational, and tense.
The purveyor returns from a wedding feast and, finding the bossu's body propped against the wall near the chimney, mistakes him for a thief and strikes him with a stick, believing he has killed him.
Sultan's Palace (Casgar)
The grand royal residence of the Sultan of Casgar, where justice is administered and important decisions are made. It features a throne room or audience chamber where the Sultan receives officials and accused individuals.
Mood: Authoritative, formal, and ultimately one of resolution.
The various accused parties (tailor, doctor, purveyor, and a Christian merchant) are brought before the Sultan, who listens to their confessions and ultimately finds the entire story so extraordinary that he orders it to be recorded.