PEINES DE CŒUR

by Unknown · from Vie privée et publique des animaux

fairy tale satirical satirical Ages all ages 5690 words 25 min read
Cover: PEINES DE CŒUR

Adapted Version

CEFR A1 Age 5 885 words 4 min Canon 100/100

Once upon a time, there was a little white cat named Bella. She was very special because her fur was as white as snow.

A small white cat lived. Her name was Bella. Her fur was white like snow. She was special. Bella was born in a nice home. Her first group was kind. They loved her much. But Bella had to leave them. A lady named Ms. Strict took Bella home. Ms. Strict had many rules. She had many, many rules. Ms. Strict said, 'Sit still!' 'Be quiet!' Bella disliked rules. Ms. Strict wanted Bella to be a perfect cat. Bella tried to be good. She learned many things. She learned to hide her true self. This was very hard for Bella. Bella felt sad inside. She wanted to run and jump. She wanted to play all day. But Ms. Strict always said no. Bella felt trapped. She just wanted to be herself. She wanted to be free.

One day, Bella played with her food. She made a small mess. Ms. Strict saw the mess. Ms. Strict was very angry. She yelled at Bella. Bella felt very sad. Ms. Strict said, 'Be a lady!' Bella hid feelings. She hid her true self. She acted like Ms. Strict wanted. All said, 'Bella is an angel!' Bella felt bored. She felt very bored inside. She wanted to be wild. She wanted to play and run. But she stayed still. She was a quiet cat. This made her sad.

Other cats came to see Bella. Mr. Puffy came. He was a big cat. He was kind. But he liked to sleep. He did not like to play. Bella felt bored with him. He was not fun. Shadow came too. He was a dark cat. He was not kind. He liked to tell others what to do. Bella did not like Shadow. She did not like his ways. Bella felt alone. She wanted a true friend. She wanted fun.

One sunny day, Bella met Leo. Leo was a new cat. He came from far away. Leo was happy. He loved to play. He loved to sing. Leo ran and jumped. He did not sit still. He was free. Bella watched Leo. She liked his happy ways. Leo said, 'Come play with me!' Bella felt a spark. She felt joy. Leo showed her how to be free. He showed her how to be happy. Bella liked Leo very much. She liked him a lot.

Bella thought about Leo. He had no fancy things. He had no big home. Ms. Strict would not like him. But Leo had a happy heart. He had a free spirit. Bella loved this about him. Bella wanted to be free too. She wanted to play. She wanted to sing. She wanted to run. She wanted a fun time with Leo. She decided to go. She would go with Leo.

Bella met Leo in secret. They met by a tall tree. They played and laughed. Shadow saw them. He was a sneaky cat. Shadow did not like happy cats. He did not like free cats. Shadow ran to all the cats. He told bad things about Bella. He told lies. He said Bella was bad. He made Mr. Puffy angry. Mr. Puffy did not know why. He just felt mad. All the cats looked at Bella. They looked with angry eyes.

All the cats were mad. They believed Shadow's lies. Bella felt sad. She felt alone. Some cats were her friends. They should have helped her. But Shadow tricked them. He made them turn away. They did not help Bella. They did not speak for her. Bella felt lost. She felt very alone. No one seemed to know the truth. No one listened to her.

There was a big meeting. All the cats came. They talked about Bella. Shadow spoke first. He said many bad things. He told more lies. Bella stood up. She was brave. Bella said, 'I did nothing wrong!' She asked, 'Why are you mean?' She spoke her truth. But all the cats listened to Shadow. They believed his words. They said Bella was bad. They did not see her good heart.

Bella felt very sad. Her heart hurt. Leo had to go. Shadow's tricks made him leave. Leo went far away. Bella felt confused. She felt alone. She missed Leo so much. She missed his happy ways. She missed his songs. She missed his free spirit. Bella felt a big hole inside. She did not know what to do. She felt very, very sad.

Bella thought about Leo. She thought about being free. She knew she was not bad. She knew Shadow was wrong. Bella decided to help. She wanted to help other folk. She told them, 'Be yourself!' She said, 'Do not pretend!' She taught them to play. She taught them to sing. She showed them happy ways. Ways to live free. Just like Leo showed her. Bella helped many cats. They learned to be true. They found their own joy. Bella was happy. She was free. She lived a life of kindness. She lived a life of joy.

Bella learned that being true to herself was the best thing of all. She helped other cats be happy and free, and she lived a life full of kindness and joy.

Original Story 5690 words · 25 min read

PEINES DE CŒUR

D’UNE

CHATTE ANGLAISE

uand le Compte rendu de votre première séance est arrivé à Londres, ô Animaux français! il a fait battre le cœur des amis de la Réforme Animale. Dans mon petit particulier, je possédais tant de preuves de la supériorité des Bêtes sur l’Homme, qu’en ma qualité de Chatte anglaise je vis l’occasion souvent souhaitée de faire paraître le roman de ma vie, afin de montrer comment mon pauvre moi fut tourmenté par les lois hypocrites de l’Angleterre. Déjà deux fois des Souris, que j’ai fait vœu de respecter depuis le bill de votre auguste parlement, m’avaient conduite chez Colburn, et je m’étais demandé, en voyant de vieilles miss, des ladies entre deux âges et même de jeunes mariées corrigeant les épreuves de leurs livres, pourquoi, ayant des griffes, je ne m’en servirais pas aussi. On ignorera toujours ce que pensent les femmes, surtout celles qui se mêlent d’écrire; tandis qu’une Chatte, victime de la perfidie anglaise, est intéressée à dire plus que sa pensée, et ce qu’elle écrit de trop peut compenser ce que taisent ces illustres ladies. J’ai l’ambition d’être la mistress Inchbald des Chattes, et vous prie d’avoir égard à mes nobles efforts, ô Chats français! chez lesquels a pris naissance la plus grande maison de notre race, celle du Chat-Botté, type éternel de l’Annonce, et que tant d’hommes ont imité sans lui avoir encore élevé de statue.

Je suis née chez un ministre du Catshire, auprès de la petite ville de Miaulbury. La fécondité de ma mère condamnait presque tous ses enfants à un sort cruel, car vous savez qu’on ne sait pas encore à quelle cause attribuer l’intempérance de maternité chez les Chattes anglaises, qui menacent de peupler le monde entier. Les Chats et les Chattes attribuent, chacun de leur côté, ce résultat à leur amabilité et à leurs propres vertus. Mais quelques observateurs impertinents disent que les Chats et les Chattes sont soumis en Angleterre à des convenances si parfaitement ennuyeuses, qu’ils ne trouvent les moyens de se distraire que dans ces petites occupations de famille. D’autres prétendent qu’il y a là de grandes questions d’industrie et de politique, à cause de la domination anglaise dans les Indes; mais ces questions sont peu décentes sous mes pattes et je les laisse à l’Edinburgh-Review. Je fus exceptée de la noyade constitutionnelle à cause de l’entière blancheur de ma robe. Aussi me nomma-t-on Beauty. Hélas! la pauvreté du ministre, qui avait une femme et onze filles, ne lui permettait pas de me garder. Une vieille fille remarqua chez moi une sorte d’affection pour la Bible du ministre; je m’y posais toujours, non par religion, mais je ne voyais pas d’autre place propre dans le ménage. Elle crut peut-être que j’appartiendrais à la secte des Animaux sacrés qui a déjà fourni l’ânesse de Balaam, et me prit avec elle. Je n’avais alors que deux mois. Cette vieille fille, qui donnait des soirées auxquelles elle invitait par des billets qui promettaient thé et Bible, essaya de me communiquer la fatale science des filles d’Ève; elle y réussit par une méthode protestante qui consiste à vous faire de si longs raisonnements sur la dignité personnelle et sur les obligations de l’extérieur, que, pour ne pas les entendre, on subirait le martyre.

Un matin, moi, pauvre petite fille de la nature, attirée par de la crème contenue dans un bol, sur lequel un muffing était posé en travers, je donnai un coup de patte au muffing, je lapai la crème; puis, dans la joie, et peut-être aussi par un effet de la faiblesse de mes jeunes organes, je me livrai, sur le tapis ciré, au plus impérieux besoin qu’éprouvent les jeunes Chattes. En apercevant la preuve de ce qu’elle nomma mon intempérance et mon défaut d’éducation, elle me saisit et me fouetta vigoureusement avec des verges de bouleau, en protestant qu’elle ferait de moi une lady ou qu’elle m’abandonnerait.

En apercevant la preuve de ce qu’elle nomma mon intempérance...

—Voilà qui est gentil! disait-elle. Apprenez, miss Beauty, que les Chattes anglaises enveloppent dans le plus profond mystère les choses naturelles qui peuvent porter atteinte au respect anglais, et bannissent tout ce qui est improper, en appliquant à la créature, comme vous l’avez entendu dire au révérend docteur Simpson, les lois faites par Dieu pour la création. Avez-vous jamais vu la Terre se comporter indécemment? N’appartenez-vous pas d’ailleurs à la secte des saints (prononcez sentz), qui marchent très-lentement le dimanche pour faire bien sentir qu’ils se promènent? Apprenez à souffrir mille morts plutôt que de révéler vos désirs: c’est en ceci que consiste la vertu des saints. Le plus beau privilége des Chattes est de se sauver avec la grâce qui vous caractérise, et d’aller, on ne sait où, faire leurs petites toilettes. Vous ne vous montrerez ainsi aux regards que dans votre beauté. Trompé par les apparences, tout le monde vous prendra pour un ange. Désormais, quand pareille envie vous saisira, regardez la croisée, ayez l’air de vouloir vous promener, et vous irez dans un taillis ou sur une gouttière. Si l’eau, ma fille, est la gloire de l’Angleterre, c’est précisément parce que l’Angleterre sait s’en servir, au lieu de la laisser tomber, comme une sotte, ainsi que font les Français, qui n’auront jamais de marine à cause de leur indifférence pour l’eau.

Je trouvai, dans mon simple bon sens de Chatte, qu’il y avait beaucoup d’hypocrisie dans cette doctrine; mais j’étais si jeune!

—Et quand je serai dans la gouttière? pensai-je en regardant la vieille fille.

—Une fois seule, et bien sûre de n’être vue de personne, eh bien! Beauty, tu pourras sacrifier les convenances, avec d’autant plus de charme que tu te seras plus retenue en public. En ceci éclate la perfection de la morale anglaise qui s’occupe exclusivement des apparences, ce monde n’étant, hélas! qu’apparence et déception.

J’avoue que tout mon bon sens d’animal se révoltait contre ces déguisements; mais, à force d’être fouettée, je finis par comprendre que la propreté extérieure devait être toute la vertu d’une Chatte anglaise. Dès ce moment, je m’habituai à cacher sous des lits les friandises que j’aimais. Jamais personne ne me vit ni mangeant, ni buvant, ni faisant ma toilette. Je fus regardée comme la perle des Chattes.

J’eus alors l’occasion de remarquer la bêtise des Hommes qui se disent savants. Parmi les docteurs et autres gens appartenant à la société de ma maîtresse, il y avait ce Simpson, espèce d’imbécile, fils d’un riche propriétaire, qui attendait un bénéfice, et qui, pour le mériter, donnait des explications religieuses de tout ce que faisaient les Animaux. Il me vit un soir lapant du lait dans une tasse, et fit compliment à la vieille fille de la manière dont j’étais élevée, en me voyant lécher premièrement les bords de l’assiette, et allant toujours en tournant et diminuant le cercle du lait.

—Voyez, dit-il, comme dans une sainte compagnie tout se perfectionne: Beauty a le sentiment de l’éternité, car elle décrit le cercle qui en est l’emblème, tout en lapant son lait.

La conscience m’oblige à dire que l’aversion des Chattes pour mouiller leurs poils était la seule cause de ma façon de boire dans cette assiette; mais nous serons toujours mal jugées par les savants, qui se préoccupent beaucoup plus de montrer leur esprit que de chercher le nôtre.

Quand les dames ou les hommes me prenaient pour passer leurs mains sur mon dos de neige et faire jaillir des étincelles de mes poils, la vieille fille disait avec orgueil: «Vous pouvez la garder sans avoir rien à craindre pour votre robe, elle est admirablement bien élevée!» Tout le monde disait de moi que j’étais un ange: on me prodiguait les friandises et les mets les plus délicats; mais je déclare que je m’ennuyais profondément. Je compris très-bien qu’une jeune Chatte du voisinage avait pu s’enfuir avec un Matou. Ce mot de Matou causa comme une maladie à mon âme que rien ne pouvait guérir, pas même les compliments que je recevais ou plutôt que ma maîtresse se donnait à elle-même: «Beauty est tout à fait morale, c’est un petit ange, disait-elle. Quoiqu’elle soit très-belle, elle a l’air de ne pas le savoir. Elle ne regarde jamais personne, ce qui est le comble des belles éducations aristocratiques; il est vrai qu’elle se laisse voir très-volontiers; mais elle a sur tout cette parfaite insensibilité que nous demandons à nos jeunes miss, et que nous ne pouvons obtenir que très-difficilement. Elle attend qu’on la veuille pour venir, elle ne saute jamais sur vous familièrement, personne ne la voit quand elle mange, et certes ce monstre de lord Byron l’eût adorée. En bonne et vraie Anglaise, elle aime le thé, se tient gravement quand on explique la Bible, et ne pense de mal de personne, ce qui lui permet d’en entendre dire. Elle est simple et sans aucune affectation, elle ne fait aucun cas des bijoux; donnez-lui une bague, elle ne la gardera pas; enfin elle n’imite pas la vulgarité de celles qui chassent, elle aime le home, et reste si parfaitement tranquille, que parfois vous croiriez que c’est une Chatte mécanique faite à Birmingham ou à Manchester, ce qui est le nec plus ultra de la belle éducation.»

Ce que les Hommes et les vieilles filles nomment l’éducation est une habitude à prendre pour dissimuler les penchants les plus naturels, et quand ils nous ont entièrement dépravées, ils disent que nous sommes bien élevées. Un soir, ma maîtresse pria l’une des jeunes miss de chanter. Quand cette jeune fille se fut mise au piano et chanta, je reconnus aussitôt les mélodies irlandaises que j’avais entendues dans mon enfance, et je compris que j’étais musicienne aussi. Je mêlai donc ma voix à celle de la jeune fille; mais je reçus des tapes de colère, tandis que la miss recevait des compliments. Cette souveraine injustice me révolta, je me sauvai dans les greniers. Amour sacré de la patrie! oh! quelle nuit délicieuse! Je sus ce que c’était que des gouttières! J’entendis les hymnes chantés par des Chats à d’autres Chattes, et ces adorables élégies me firent prendre en pitié les hypocrisies que ma maîtresse m’avait forcée d’apprendre. Quelques Chattes m’aperçurent alors et parurent prendre de l’ombrage de ma présence, quand un Chat au poil hérissé, à barbe magnifique, et qui avait une grande tournure, vint m’examiner et dit à la compagnie: «C’est une enfant!» A ces paroles de mépris, je me mis à bondir sur les tuiles et à caracoler avec l’agilité qui nous distingue, je tombai sur mes pattes de cette façon flexible et douce qu’aucun animal ne saurait imiter, afin de prouver que je n’étais pas si enfant. Mais ces chatteries furent en pure perte. «Quand me chantera-t-on des hymnes?» me dis-je. L’aspect de ces fiers Matous, leurs mélodies, que la voix humaine ne rivalisera jamais, m’avaient profondément émue, et me faisaient faire de petites poésies que je chantais dans les escaliers; mais un événement immense allait s’accomplir qui m’arracha brusquement à cette innocente vie. Je devais être emmenée à Londres par la nièce de ma maîtresse, une riche héritière qui s’affola de moi, qui me baisait, me caressait avec une sorte de rage et qui me plut tant, que je m’y attachai, contre toutes nos habitudes. Nous ne nous quittâmes point, et je pus observer le grand monde à Londres pendant la saison. C’est là que je devais étudier la perversité des mœurs anglaises qui s’est étendue jusqu’aux Bêtes, y connaître ce cant que lord Byron a maudit, et dont je suis victime, aussi bien que lui, mais sans avoir publié mes heures de loisir.

Arabelle, ma maîtresse, était une jeune personne comme il y en a beaucoup en Angleterre: elle ne savait pas trop qui elle voulait pour mari. La liberté absolue qu’on laisse aux jeunes filles dans le choix d’un homme les rend presque folles, surtout quand elles songent à la rigueur des mœurs anglaises, qui n’admettent aucune conversation particulière après le mariage. J’étais loin de penser que les Chattes de Londres avaient adopté cette sévérité, que les lois anglaises me seraient cruellement appliquées et que je subirais un jugement à la cour des terribles Doctors commons. Arabelle accueillait très-bien tous les hommes qui lui étaient présentés, et chacun pouvait croire qu’il épouserait cette belle fille; mais quand les choses menaçaient de se terminer, elle trouvait des prétextes pour rompre, et je dois avouer que cette conduite me paraissait peu convenable. «Épouser un Homme qui a les genoux cagneux! jamais, disait-elle de l’un. Quant à ce petit, il a le nez camus.» Les Hommes m’étaient si parfaitement indifférents, que je ne comprenais rien à ces incertitudes fondées sur des différences purement physiques.

Enfin, un jour, un vieux pair d’Angleterre lui dit en me voyant: «Vous avez une bien jolie Chatte, elle vous ressemble, elle est blanche, elle est jeune, il lui faut un mari, laissez-moi lui présenter un magnifique Angora que j’ai chez moi.»

Trois jours après, le pair amena le plus beau Matou de la Pairie. Puff, noir de robe, avait les plus magnifiques yeux, verts et jaunes, mais froids et fiers. Sa queue, remarquable par des anneaux jaunâtres, balayait le tapis de ses poils longs et soyeux. Peut-être venait-il de la maison impériale d’Autriche, car il en portait, comme vous voyez, les couleurs. Ses manières étaient celles d’un Chat qui a vu la cour et le beau monde. Sa sévérité, en matière de tenue, était si grande, qu’il ne se serait pas gratté, devant le monde, la tête avec la patte. Puff avait voyagé sur le continent. Enfin il était si remarquablement beau, qu’il avait été, disait-on, caressé par la reine d’Angleterre. Moi, simple et naïve, je lui sautai au cou pour l’engager à jouer; mais il s’y refusa sous prétexte que nous étions devant tout le monde. Je m’aperçus alors que le pair d’Angleterre devait à l’âge et à des excès de table cette gravité postiche et forcée qu’on appelle en Angleterre respectability. Son embonpoint, que les hommes admiraient, gênait ses mouvements. Telle était sa véritable raison pour ne pas répondre à mes gentillesses: il resta calme et froid sur son innommable, agitant ses barbes, me regardant et fermant parfois les yeux. Puff était, dans le beau monde des Chats anglais, le plus riche parti pour une Chatte née chez un ministre: il avait deux valets à son service, il mangeait dans de la porcelaine chinoise, il ne buvait que du thé noir, il allait en voiture à Hyde-Park, et entrait au parlement. Ma maîtresse le garda chez elle. A mon insu, toute la population féline de Londres apprit que miss Beauty du Catshire épousait l’illustre Puff, marqué aux couleurs d’Autriche. Pendant la nuit, j’entendis un concert dans la rue: je descendis, accompagnée de milord qui, pris par sa goutte, allait lentement. Nous trouvâmes les Chattes de la Pairie qui venaient me féliciter et m’engager à entrer dans leur Société Ratophile. Elles m’expliquèrent qu’il n’y avait rien de plus commun que de courir après les Rats et les Souris. Les mots shocking, vulgar, furent sur toutes les lèvres. Enfin elles avaient formé pour la gloire du pays une Société de Tempérance. Quelques nuits après, milord et moi nous allâmes sur les toits d’Almack’s entendre un Chat gris qui devait parler sur la question. Dans une exhortation, qui fut appuyée par des Écoutez! Écoutez! il prouva que saint Paul, en écrivant sur la charité, parlait également aux Chats et aux Chattes de l’Angleterre. Il était donc réservé à la race anglaise, qui pouvait aller d’un bout du monde à l’autre sur ses vaisseaux sans avoir à craindre l’eau, de répandre les principes de la morale ratophile. Aussi, sur tous les points du globe, des Chats anglais prêchaient-ils déjà les saines doctrines de la Société, qui d’ailleurs étaient fondées sur les découvertes de la science. On avait anatomisé les Rats et les Souris, on avait trouvé peu de différence entre eux et les Chats: l’oppression des uns par les autres était donc contre le Droit des Bêtes, qui est plus solide encore que le Droit des Gens. «Ce sont nos frères,» dit-il. Et il fit une si belle peinture des souffrances d’un Rat pris dans la gueule d’un Chat, que je me mis à fondre en larmes.

En me voyant la dupe de ce speech, lord Puff me dit confidentiellement que l’Angleterre comptait faire un immense commerce avec les Rats et les Souris; que si les autres Chats n’en mangeaient plus, les Rats seraient à meilleur marché; que derrière la morale anglaise il y avait toujours quelque raison de comptoir; et que cette alliance de la morale et du mercantilisme était la seule alliance sur laquelle comptait réellement l’Angleterre.

Puff me parut être un trop grand politique pour pouvoir jamais faire un bon mari.

Un Chat campagnard (country gentleman) fit observer que, sur le continent, les Chats et les Chattes étaient sacrifiés journellement par les catholiques, surtout à Paris, aux environs des barrières (on lui criait: A la question!). On joignait à ces cruelles exécutions une affreuse calomnie en faisant passer ces Animaux courageux pour des lapins, mensonge et barbarie qu’il attribuait à l’ignorance de la vraie religion anglicane, qui ne permet le mensonge et les fourberies que dans les questions de gouvernement, de politique extérieure et de cabinet.

On le traita de radical et de rêveur. «Nous sommes ici pour les intérêts des Chats de l’Angleterre, et non pour ceux du continent!» dit un fougueux Matou tory. Milord dormait. Quand l’assemblée se sépara, j’entendis ces délicieuses paroles dites par un jeune Chat qui venait de l’ambassade française, et dont l’accent annonçait la nationalité:

«Dear Beauty, de longtemps d’ici la nature ne pourra former une Chatte aussi parfaite que vous. Le cachemire de la Perse et des Indes semble être du poil de Chameau, comparé à vos soies fines et brillantes. Vous exhalez un parfum à faire évanouir de bonheur les anges, et je l’ai senti du salon du prince de Talleyrand, que j’ai quitté pour accourir à ce déluge de sottises que vous appelez un meeting. Le feu de vos yeux éclaire la nuit! Vos oreilles seraient la perfection même si mes gémissements les attendrissaient. Il n’y a pas de rose dans toute l’Angleterre qui soit aussi rose que la chair rose qui borde votre petite bouche rose. Un pêcheur chercherait vainement dans les abîmes d’Ormus des perles qui puissent valoir vos dents. Votre cher museau fin, gracieux, est tout ce que l’Angleterre a produit de plus mignon. La neige des Alpes paraîtrait rousse auprès de votre robe céleste. Ah! ces sortes de poils ne se voient que dans vos brouillards! Vos pattes portent mollement et avec grâce ce corps qui est l’abrégé des miracles de la création, mais que votre queue, interprète élégant des mouvements de votre cœur, surpasse: oui! jamais courbe si élégante, rondeur plus correcte, mouvements plus délicats ne se sont vus chez aucune Chatte. Laissez-moi ce vieux drôle de Puff qui dort comme un pair d’Angleterre au parlement, qui d’ailleurs est un misérable vendu aux wighs, et qui doit à un trop long séjour au Bengale d’avoir perdu tout ce qui peut plaire à une Chatte.»

J’aperçus alors, sans avoir l’air de le regarder, ce charmant Matou français: il était ébouriffé, petit, gaillard, et ne ressemblait en rien à un Chat anglais. Son air cavalier annonçait, autant que sa manière de secouer l’oreille, un drôle sans souci. J’avoue que j’étais fatiguée de la solennité des Chats anglais et de leur propreté purement matérielle. Leur affectation de respectability me semblait surtout ridicule. L’excessif naturel de ce Chat mal peigné me surprit par un violent contraste avec tout ce que je voyais à Londres. D’ailleurs ma vie était si positivement réglée, je savais si bien ce que je devais faire pendant le reste de mes jours, que je fus sensible à tout ce qu’annonçait d’imprévu la physionomie du Chat français. Tout alors me parut fade. Je compris que je pouvais vivre sur les toits avec une amusante créature qui venait de ce pays où l’on s’est consolé des victoires du plus grand général anglais par ces mots: «Malbrouk s’en va-t-en guerre, mironton, TON TON, MIRONTAINE!» Néanmoins, j’éveillai Milord et lui fis comprendre qu’il était fort tard, que nous devions rentrer. Je n’eus pas l’air d’avoir écouté cette déclaration, et fus d’une apparente insensibilité qui pétrifia Brisquet. Il resta là, d’autant plus surpris qu’il se croyait très-beau. Je sus plus tard qu’il séduisait toutes les Chattes de bonne volonté. Je l’examinai du coin de l’œil: il s’en allait par petits bonds, revenait en franchissant la largeur de la rue, et s’en retournait de même, comme un Chat français au désespoir: un véritable Anglais aurait mis de la décence dans ses sentiments, et ne les aurait pas laissé voir ainsi. Quelques jours après, nous nous trouvâmes, milord et moi, dans la magnifique maison du vieux pair; je sortis alors en voiture pour me promener à Hyde-Park. Nous ne mangions que des os de poulets, des arêtes de poissons, des crèmes, du lait, du chocolat. Quelque échauffant que fût ce régime, mon prétendu mari Puff demeurait grave. Sa respectability s’étendait jusqu’à moi. Généralement, il dormait dès sept heures du soir, à la table de whist, sur les genoux de Sa Grâce. Mon âme était donc sans aucune satisfaction, et je languissais. Cette situation de mon intérieur se combina fatalement avec une petite affection dans les entrailles que me causa le jus de Hareng pur (le vin de Porto des Chats anglais) dont Puff faisait usage, et qui me rendit comme folle. Ma maîtresse fit venir un médecin, qui sortait d’Édimbourg après avoir étudié longtemps à Paris. Il promit à ma maîtresse de me guérir le lendemain même, après avoir reconnu ma maladie. Il revint en effet, et sortit de sa poche un instrument de fabrique parisienne. J’eus une espèce de frayeur en apercevant un canon de métal blanc terminé par un tube effilé. A la vue de ce mécanisme, que le docteur fit jouer avec satisfaction, Leurs Grâces rougirent, se courroucèrent et dirent de fort belles choses sur la dignité du peuple anglais: comme quoi ce qui distinguait la vieille Angleterre des catholiques n’était pas tant ses opinions sur la Bible que sur cette infâme machine. Le duc dit qu’à Paris les Français ne rougissaient pas d’en faire une exhibition sur leur théâtre national, dans une comédie de Molière; mais qu’à Londres un watchman n’oserait en prononcer le nom. «Donnez-lui du calomel!»

—Mais Votre Grâce la tuerait, s’écria le docteur. Quant à cette innocente mécanique, les Français ont fait maréchal un de leurs plus braves généraux pour s’en être servi devant leur fameuse colonne.

—Les Français peuvent arroser les émeutes de l’intérieur comme ils le veulent, reprit Milord. Je ne sais pas, ni vous non plus, ce qui pourrait arriver de l’emploi de cette avilissante machine; mais ce que je sais, c’est qu’un vrai médecin anglais ne doit guérir ses malades qu’avec les remèdes de la vieille Angleterre.

Le médecin, qui commençait à se faire une grande réputation, perdit toutes ses pratiques dans le beau monde. On appela un autre médecin qui me fit des questions inconvenantes sur Puff, et qui m’apprit que la véritable devise de l’Angleterre était: Dieu et mon Droit conjugal! Une nuit, j’entendis dans la rue la voix du Chat français. Personne ne pouvait nous voir: je grimpai par la cheminée, et, parvenue en haut de la maison, je lui criai: «A la gouttière!» Cette réponse lui donna des ailes, il fut auprès de moi en un clin d’œil. Croiriez-vous que ce Chat français eut l’inconvenante audace de s’autoriser de ma petite exclamation pour me dire: «Viens dans mes pattes!» Il osa tutoyer, sans autre forme de procès, une Chatte de distinction. Je le regardai froidement, et pour lui donner une leçon, je lui dis que j’appartenais à la Société de Tempérance.

—Je vois, mon cher, lui dis-je, à votre accent et au relâchement de vos maximes, que vous êtes, comme tous les Chats catholiques, disposé à rire et à faire mille ridiculités, en vous croyant quitte pour un peu de repentir; mais, en Angleterre, nous avons plus de moralité: nous mettons partout de la respectability, même dans nos plaisirs.

Ce jeune Chat, frappé par la majesté du cant anglais, m’écoutait avec une sorte d’attention qui me donna l’espoir d’en faire un Chat protestant. Il me dit alors dans le plus beau langage qu’il ferait tout ce que je voudrais, pourvu qu’il lui fût permis de m’adorer. Je le regardais sans pouvoir répondre, car ses yeux, very beautiful, splendid, brillaient comme des étoiles, ils éclairaient la nuit. Mon silence l’enhardit, et il s’écria:—Chère Minette!

—Quelle est cette nouvelle indécence? m’écriai-je, sachant les Chats français très-légers dans leurs propos.

Brisquet m’apprit que, sur le continent, tout le monde, le roi lui-même, disait à sa fille: Ma petite Minette, pour lui témoigner son affection; que beaucoup de femmes, et des plus jolies, des plus aristocratiques, disaient toujours: Mon petit Chat, à leurs maris, même quand elles ne les aimaient pas. Si je voulais lui faire plaisir, je l’appellerais: Mon petit Homme! Là-dessus il leva ses pattes avec une grâce infinie. Je disparus, craignant d’être faible. Brisquet chanta Rule, Britannia! tant il était heureux, et le lendemain sa chère voix bourdonnait encore à mes oreilles.

—Ah! tu aimes aussi, toi, chère Beauty, me dit ma maîtresse en me voyant étalée sur le tapis, les quatre pattes en avant, le corps dans un mol abandon, et noyée dans la poésie de mes souvenirs.

Je fus surprise de cette intelligence chez une Femme, et je vins alors, en relevant mon épine dorsale, me frotter à ses jambes en lui faisant entendre un ronron amoureux sur les cordes les plus graves de ma voix de contre-alto.

Pendant que ma maîtresse, qui me prit sur ses genoux, me caressait en me grattant la tête, et que je la regardais tendrement en lui voyant les yeux en pleurs, il se passait dans Bond-Street une scène dont les suites furent terribles pour moi.

Puck, un des neveux de Puff, qui prétendait à sa succession, et qui, pour le moment, habitait la caserne des Life-Guards, rencontra my dear Brisquet. Le sournois capitaine Puck complimenta l’attaché sur ses succès auprès de moi, en disant que j’avais résisté aux plus charmants Matous de l’Angleterre. Brisquet, en Français vaniteux, répondit qu’il serait bien heureux d’attirer mon attention, mais qu’il avait en horreur les Chattes qui vous parlaient de tempérance et de la Bible, etc.

—Oh! fit Puck, elle vous parle donc?

Brisquet, ce cher Français, fut ainsi victime de la diplomatie anglaise; mais il commit une de ces fautes impardonnables et qui courroucent toutes les Chattes bien apprises de l’Angleterre. Ce petit drôle était véritablement très-inconsistant. Ne s’avisa-t-il pas au Park de me saluer et de vouloir causer familièrement comme si nous nous connaissions. Je restai froide et sévère. Le cocher, apercevant ce Français, lui donna un coup de fouet qui l’atteignit et faillit le tuer. Brisquet reçut ce coup de fouet en me regardant avec une intrépidité qui changea mon moral: je l’aimai pour la manière dont il se laissa frapper, en ne voyant que moi, ne sentant que la faveur de ma présence, domptant ainsi le naturel qui pousse les Chats à fuir à la moindre apparence d’hostilité. Il ne devina pas que je me sentais mourir, malgré mon apparente froideur. Dès ce moment, je résolus de me laisser enlever. Le soir, sur la gouttière, je me jetai dans ses pattes tout éperdue.

My dear, lui dis-je, avez-vous le capital nécessaire pour payer les dommages-intérêts au vieux Puff?

—Je n’ai pas d’autre capital, me répondit le Français en riant, que les poils de ma moustache, mes quatre pattes et cette queue.

Là-dessus il balaya la gouttière par un mouvement plein de fierté.

—Pas de capital! lui répondis-je; mais vous n’êtes qu’un aventurier, my dear.

—J’aime les aventures, me dit-il tendrement. En France, dans les circonstances auxquelles tu fais allusion, c’est alors que les Chats se peignent! Ils ont recours à leurs griffes et non à leurs écus.

—Pauvre pays, lui dis-je. Et comment envoie-t-il à l’étranger, dans ses ambassades, des Bêtes si dénuées de capital?

—Ah! voilà, dit Brisquet. Notre nouveau gouvernement n’aime pas l’argent... chez ses employés: il ne recherche que les capacités intellectuelles.

Le cher Brisquet eut, en me parlant, un petit air content qui me fit craindre que ce ne fût un fat.

—L’amour sans capital est un non-sens! lui dis-je. Pendant que vous irez à droite et à gauche chercher à manger, vous ne vous occuperez pas de moi, mon cher.

Ce charmant Français me prouva, pour toute réponse, qu’il descendait, par sa grand’mère, du Chat-Botté. D’ailleurs, il avait quatre-vingt-dix-neuf manières d’emprunter de l’argent, et nous n’en aurions, dit-il, qu’une seule de le dépenser. Enfin il savait la musique et pouvait donner des leçons. En effet, il me chanta, sur un mode qui arrachait l’âme, une romance nationale de son pays: Au clair de la lune...

En ce moment, plusieurs Chats et des Chattes amenés par Puck me virent quand, séduite par tant de raisons, je promettais à ce cher Brisquet de le suivre dès qu’il pourrait entretenir sa femme confortablement.

—Je suis perdue! m’écriai-je.

Le lendemain même, le banc des Doctors commons fut saisi par le vieux Puff d’un procès en criminelle conversation. Puff était sourd: ses neveux abusèrent de sa faiblesse. Puff, questionné par eux, leur apprit que la nuit je l’avais appelé par flatterie: Mon petit Homme! Ce fut une des choses les plus terribles contre moi, car jamais je ne pus expliquer de qui je tenais la connaissance de ce mot d’amour. Milord, sans le savoir, fut très-mal pour moi; mais j’avais remarqué déjà qu’il était en enfance. Sa Seigneurie ne soupçonna jamais les basses intrigues auxquelles je fus en butte. Plusieurs petits Chats, qui me défendirent contre l’opinion publique, m’ont dit que parfois il demande son ange, la joie de ses yeux, sa darling, sa sweet Beauty! Ma propre mère, venue à Londres, refusa de me voir et de m’écouter, en me disant que jamais une Chatte anglaise ne devait être soupçonnée, et que je mettais bien de l’amertume dans ses vieux jours. Mes sœurs, jalouses de mon élévation, appuyèrent mes accusatrices. Enfin, les domestiques déposèrent contre moi. Je vis alors clairement à propos de quoi tout le monde perd la tête en Angleterre. Dès qu’il s’agit d’une criminelle conversation, tous les sentiments s’arrêtent, une mère n’est plus mère, une nourrice voudrait reprendre son lait, et toutes les Chattes hurlent par les rues. Mais, ce qui fut bien plus infâme, mon vieil avocat, qui, dans le temps, croyait à l’innocence de la reine d’Angleterre, à qui j’avais tout raconté dans le moindre détail, qui m’avait assuré qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un Chat, et à qui, pour preuve de mon innocence, j’avouai ne rien comprendre à ces mots, criminelle conversation (il me dit que c’était ainsi appelé précisément parce qu’on parlait très-peu); cet avocat, gagné par le capitaine Puck, me défendit si mal, que ma cause parut perdue. Dans cette circonstance, j’eus le courage de comparaître devant les Doctors commons.

—Milords, dis-je, je suis une Chatte anglaise, et je suis innocente! Que dirait-on de la justice de la vieille Angleterre, si...

A peine eus-je prononcé ces paroles, que d’effroyables murmures couvrirent ma voix, tant le public avait été travaillé par le Cat-Chronicle et par les amis de Puck.

—Elle met en doute la justice de la vieille Angleterre qui a créé le jury! criait-on.

—Elle veut vous expliquer, Milords, s’écria l’abominable avocat de mon adversaire, comment elle allait sur les gouttières avec un Chat français pour le convertir à la religion anglicane, tandis qu’elle y allait bien plutôt pour en revenir dire en bon français mon petit Homme à son mari, pour écouter les abominables principes du papisme, et apprendre à méconnaître les lois et les usages de la vieille Angleterre!

Quand on parle de ces sornettes à un public anglais, il devient fou. Aussi des tonnerres d’applaudissements accueillirent-ils les paroles de l’avocat de Puck. Je fus condamnée, à l’âge de vingt-six mois, quand je pouvais prouver que j’ignorais encore ce que c’était qu’un Chat. Mais, à tout ceci, je gagnai de comprendre que c’est à cause de ses radotages qu’on appelle Albion la vieille Angleterre.

Je tombai dans une grande mischathropie qui fut causée moins par mon divorce que par la mort de mon cher Brisquet, que Puck fit tuer dans une émeute, en craignant sa vengeance. Aussi rien ne me met-il plus en fureur que d’entendre parler de la loyauté des Chats anglais.

Milords, dis-je, je suis une Chatte anglaise, et je suis innocente.

Vous voyez, ô Animaux français, qu’en nous familiarisant avec les Hommes, nous en prenons tous les vices et toutes les mauvaises institutions. Revenons à la vie sauvage où nous n’obéissons qu’à l’instinct, et où nous ne trouvons pas des usages qui s’opposent aux vœux les plus sacrés de la nature. J’écris en ce moment un traité politique à l’usage des classes ouvrières animales, afin de les engager à ne plus tourner les broches, ni se laisser atteler à de petites charrettes, et pour leur enseigner les moyens de se soustraire à l’oppression du grand aristocrate. Quoique notre griffonnage soit célèbre, je crois que miss Henriette Martineau ne me désavouerait pas. Vous savez sur le continent que la littérature est devenue l’asile de toutes les Chattes qui protestent contre l’immoral monopole du mariage, qui résistent à la tyrannie des institutions, et veulent revenir aux lois naturelles. J’ai omis de vous dire que, quoique Brisquet eût le corps traversé par un coup reçu dans le dos, le Coroner, par une infâme hypocrisie, a déclaré qu’il s’était empoisonné lui-même avec de l’arsenic, comme si jamais un Chat si gai, si fou, si étourdi, pouvait avoir assez réfléchi sur la vie pour concevoir une idée si sérieuse, et comme si un Chat que j’aimais pouvait avoir la moindre envie de quitter l’existence! Mais, avec l’appareil de Marsh, on a trouvé des taches sur une assiette.

De Balzac.



Story DNA

Moral

Societal conventions and laws, especially those based on hypocrisy, can lead to injustice and suffering, even for the innocent.

Plot Summary

Beauty, an English cat, is raised under strict, hypocritical societal rules, forcing her to suppress her natural instincts for the sake of appearances. She falls for Brisquet, a charming French cat who embodies freedom, leading to a scandalous public trial for 'criminal conversation' orchestrated by her jealous suitor. Despite her eloquent defense, Beauty is condemned by a prejudiced society, and Brisquet is tragically killed. Disillusioned, Beauty dedicates her life to advocating for animals to abandon human vices and return to a natural existence, exposing the profound injustices of the 'civilized' world.

Themes

hypocrisysocial critiquefreedom vs. conventionjustice

Emotional Arc

innocence to disillusionment

Writing Style

Voice: first person
Pacing: moderate
Descriptive: moderate
Techniques: direct address to reader, personification, social commentary

Narrative Elements

Conflict: person vs society
Ending: tragic
Magic: talking animals, animals engaging in human social structures and legal systems
the gutter (place of secret freedom)the Bible (symbol of false piety)the circle (symbol of eternity, ironically applied to cat's drinking habit)

Cultural Context

Origin: French
Era: 19th century

The story satirizes 19th-century English society, particularly its rigid morality, legal system, and perceived hypocrisy, often contrasting it with French culture. 'Criminal conversation' was a real legal action in England for adultery, often used for public scandal.

Plot Beats (10)

  1. Beauty, a white English cat, is born to a minister and adopted by an old maid who teaches her strict, hypocritical English manners.
  2. Beauty is beaten for a natural act and learns to hide her true self, becoming a celebrated 'angelic' cat, but feels deep boredom.
  3. She is courted by several English cats, including the wealthy but dull Puff and the manipulative Captain Puck, but finds them uninspiring.
  4. Beauty meets Brisquet, a charming and unconventional French cat, who openly expresses his disdain for English hypocrisy and captivates her.
  5. Despite her initial reservations about his lack of 'capital' and unconventional views, Beauty falls in love with Brisquet and agrees to elope with him.
  6. Their secret rendezvous on the gutter is witnessed, leading to a public scandal and a lawsuit for 'criminal conversation' filed by Puff, instigated by Puck.
  7. Beauty's family and society turn against her, and her lawyer, bribed by Puck, defends her poorly.
  8. Beauty bravely defends herself in court, proclaiming her innocence and criticizing English justice, but is condemned by a prejudiced public and court.
  9. Beauty is divorced, and Brisquet is murdered by Puck, disguised as a suicide, leaving her utterly disillusioned.
  10. Beauty dedicates her life to writing political treatises, urging animals to reject human vices and institutions and return to a natural, wild existence.

Characters

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Beauty

cat young adult female

A small, slender English cat with an entirely white coat. Her movements are generally graceful, though she can be impulsive.

Attire: None, as she is a cat, but her 'robe' is her entirely white fur.

Wants: To live authentically and be loved, to understand the world around her, and later, to expose the hypocrisy of English society.

Flaw: Her natural instincts and honesty, which clash with the artificiality of English 'propriety'. Her affection for others also makes her vulnerable.

She begins as an innocent, natural creature, is subjected to harsh 'education' in English hypocrisy, falls in love, is falsely accused and divorced, and ultimately becomes a disillusioned misanthrope dedicated to animal reform and exposing societal flaws.

Her pristine, entirely white fur coat, which initially saved her life and became her namesake.

Intelligent, observant, naturally curious, rebellious against hypocrisy, affectionate, and initially naive. She becomes disillusioned and misanthropic.

👤

The Old Maid

human elderly female

An older, unmarried woman, likely thin and severe in appearance, consistent with a strict, puritanical disposition. Her movements would be precise and perhaps a bit stiff.

Attire: A modest, dark-colored dress, likely made of wool or a sturdy fabric, with a high collar and long sleeves, reflecting her conservative and religious nature. No frills or adornments.

Wants: To impose her rigid moral code and societal expectations on others, particularly Beauty, believing she is 'educating' them.

Flaw: Her extreme hypocrisy and inability to see beyond superficial appearances. Her cruelty stems from her rigid beliefs.

She serves as Beauty's initial tormentor and educator in the 'hypocritical laws of England', remaining static in her rigid beliefs.

Her severe, unsmiling face and tightly pinned hair, embodying rigid English propriety.

Strict, dogmatic, hypocritical, obsessed with appearances and 'propriety', self-righteous, and punitive. She believes deeply in her own moral superiority.

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Puff

cat elderly male

An old, perhaps somewhat frail English cat, described as deaf and in his 'second childhood'. His movements would be slow and perhaps a bit confused.

Attire: None, as he is a cat.

Wants: To live out his old age comfortably, seeking affection and companionship.

Flaw: His deafness and senility make him extremely vulnerable to manipulation by his nephews and others.

He is a victim of manipulation, used as a pawn in the 'criminal conversation' trial against Beauty, remaining unaware of the true machinations.

His aged, somewhat confused expression, indicative of his senility and deafness.

Senile, easily manipulated, affectionate towards Beauty (whom he calls 'angel', 'darling', 'sweet Beauty'), and oblivious to the intrigues around him.

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Brisquet

cat young adult male

A charming and lively French cat, likely slender and agile, with a confident demeanor. His movements would be expressive and perhaps a bit theatrical.

Attire: None, as he is a cat.

Wants: To win Beauty's affection and provide for her, to live a life of love and art.

Flaw: His impracticality regarding money and perhaps a touch of vanity. His love for Beauty makes him a target.

He enters Beauty's life as a romantic interest, offering an alternative to English hypocrisy. His tragic death at Puck's hands fuels Beauty's misanthropy and commitment to animal reform.

His charming, confident posture and the way he holds himself, perhaps with a slight tilt of the head, as if about to sing.

Charming, artistic (sings), resourceful (claims 99 ways to borrow money), a bit of a 'fat' (dandy), and deeply in love with Beauty. He is also somewhat impractical regarding finances.

✦

Puck

cat adult male

A formidable and influential English cat, likely with a strong build, reflecting his power and malicious intent. His movements would be decisive and perhaps intimidating.

Attire: None, as he is a cat.

Wants: To punish Beauty for her perceived transgressions and to eliminate Brisquet, likely out of jealousy or to uphold English societal norms.

Flaw: His vindictiveness and reliance on manipulation and deceit.

He serves as the primary antagonist, orchestrating Beauty's downfall and Brisquet's death, solidifying Beauty's disillusionment with English society.

His calculating, stern gaze, reflecting his manipulative nature.

Malicious, manipulative, vengeful, influential, and ruthless. He is driven by jealousy and a desire to maintain the status quo of English 'propriety'.

Locations

Minister's House in Catshire

indoor Implied temperate English climate, no specific season mentioned.

A modest, likely half-timbered English cottage in the countryside near Miaulbury, with a simple interior. The minister's poverty is evident, suggesting sparse furnishings. A specific detail is the minister's Bible, which Beauty uses as a clean resting spot.

Mood: Initially mundane and somewhat crowded due to the large family, later becomes a place of strict discipline and discomfort for Beauty.

Beauty's birthplace and early life, where she is 'excepted from constitutional drowning' due to her pure white coat. It's also where her initial 'affection' for the Bible is noted.

half-timbered cottage architecture minister's Bible simple, sparse furnishings fireplace (implied for warmth) small, possibly cluttered rooms

Old Maid's House

indoor morning Implied temperate English climate, no specific season mentioned.

A more refined, yet still somewhat austere, English home, likely a terraced house or a small detached dwelling. It features a 'ciré' (waxed) carpet, suggesting a degree of middle-class respectability. The 'croisée' (casement window) and 'gouttière' (gutter) are key external elements for Beauty's 'private' moments.

Mood: Strict, moralistic, and oppressive for Beauty, filled with long, tedious reasonings. It is a place of enforced 'propriety' and hypocrisy.

Beauty's adoption by the old maid, her 'education' in English propriety, and the traumatic incident involving the muffin, cream, and subsequent punishment, leading to her understanding of English hypocrisy.

waxed carpet casement window (croisée) rain gutter (gouttière) birch rods for punishment tea and Bible gatherings bol with cream and a muffin

Doctors' Commons Courtroom, London

indoor daytime No specific weather, likely a cool, formal indoor environment.

A formal, imposing English courtroom, likely with dark wood paneling, elevated benches for the 'Milords,' and a public gallery. The atmosphere is one of legal formality, but also easily swayed public opinion and dramatic pronouncements.

Mood: Tense, accusatory, and ultimately unjust. It's a place of public spectacle and legal theater, where Beauty feels overwhelmed and misunderstood.

Beauty's trial for 'criminal conversation' where she attempts to defend her innocence against overwhelming public and legal prejudice, ultimately leading to her condemnation and divorce.

elevated benches for 'Milords' dark wood paneling public gallery legal documents and clerks formal attire of judges and lawyers sound of murmurs and applause